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19e siècle

Judith victorieuse (1873)

THIRION Eugène Romain

Paris, 1839 - Paris, 1910

Judith victorieuse (1873)

Huile sur toile

H. 205 cm. ; L. 122 cm.

Dépôt de l'Etat, 1874. Transfert de propriété de l'Etat à la ville de Tours, 2010

Inv. 1874-1-2

Notice complète

Thirion reçoit une formation académique puisqu’il entre à l’Ecole des Beaux-Arts en 1857. En tant qu’élève de Charles Gleyre (1806 – 1874), il participe au premier essai du concours du Prix de Rome section de paysage historique de 1861 (Mercure et Argus) et, en 1862, à celui de peinture historique en 1862 avec Véturie au pieds de Coriolan et participe de nouveau au concours l'année suivante avec Joseph se fait reconnaître par ses frères, sans succès. Une nouvelle fois candidat en 1864, il obtient un second grand prix avec Homère dans l'île de Scyros. Sa première participation au Salon (Homère aveugle réduit à chanter ses poèmes dans les rues d’Athènes, 1861), favorablement accueillie par la critique, amorce une longue suite de succès et de récompenses (en 1866, 1868, 1869, Légion d’Honneur en 1872, médaille d’argent aux Expositions universelles de 1878 et 1889) qui rythment ses envois très réguliers aux expositions des Artistes français jusqu’en 1909. Il y alterne les scènes mythologiques et les sujets d’inspiration biblique avec les portraits et bénéficie de nombreuses commandes de décoration qui attestent l’estime des pouvoirs publics. En 1879-1880, il est lauréat du concours pour le plafond de la mairie du 12e arrondissement dont les peintures, dans leur incontestable réussite, renvoient aux prestigieux modèles du XVIIe siècle. A la même époque, il est chargé du décor de la chapelle Saint-Joseph à l’église de la Trinité, et donne des figures de Mois (église de la Trinité, et donne des figures de Mois (Juillet et Août) à la Galerie du glacier à l’Opéra (Salon de 1878). Il est ensuite appelé à l’Hôtel de Ville de Paris (1891, L’Histoire pour le salon des Lettres), au ministère de la Guerre (salon des Maréchaux : La France armée présentant la Paix et la Force protégeant le Droit) et à l’hôtel particulier de la marquise de Païva aux Champs-Elysées entre 1856 et 1866. Grace à son amitié avec l’architecte Victor Laloux (1850 – 1937) dont il décore la villa à Montigny-sur-Loing, il obtient en 1899 la commande pour le nouvel Hôtel de Ville de Tours conçu par Laloux. Il réalise un triptyque pour la salle des Mariages sur le thème des Grands hommes de la Touraine, de La Céramique et de L’Imprimerie.

Thirion aborde également le genre du paysage, en particulier à l’occasion de ses séjours prolongés à Montigny, où sa famille possède une maison depuis 1866, dont il hérite à la mort de son père. Il consacre un grand nombre d’études aux paysages rencontrés cours de voyages en Bretagne, dans les Pyrénées, en Italie (Venise, le lac Majeur), en Tunisie, dans les Alpes et en Touraine (Montbazon).

Judith victorieuse (1873)

Même si la vogue dont bénéficie la figure de Salomé profite par glissement iconographique à Judith, son épigone vertueux. Thirion témoigne pour cette dernière d’une prédilection qu’il manifeste par plusieurs peintures. Outre la version très différente de celle qu’il présente au Salon de 1897 dont le musée de Tours conserve une esquisse sur toile, une autre Judith est montrée à l’exposition posthume de 1940. Cette manifestation comporte également une esquisse pour la Judith de tours réalisée en 1873 et trois autres pour des compositions non documentées ou peut-être restées à l’état de projet.

Faut-il voir u hasard dans le fait que la première des œuvres de Thirion sur ce sujet soit exécutée en 1873 et présentée au Salon, le deuxième depuis la fin de la guerre de 1870 ? Soixante-quatorze œuvres en relation avec les évènements du conflit franco-prussien et la Commune y sont présentées. L’analyse des critiques de l’époque nous apprend que sous d’autres titres, moins explicites ou plus symboliques, se cachaient encore plus d’une dizaine de références. Postérieure d’un an, la Judith de Thirion peut leur être assimilée, en raison de la similitude du siège de Béthulie et celui que subissent les Parisiens. L’artiste, qui n’est pas un réaliste, privilégie une lecture métaphorique de l’histoire contemporaine à travers un grand poncif de la peinture européenne. Il lui permet d’exprimer son admiration pour les maîtres anciens par la mise en place de tout un jeu de références. Le hiératisme de Judith annonce l’élégance maniériste (allongement du corps, souplesse des gestes, ampleur des draperies) de nombre de ses compositions futures comme Rebecca à la fontaine (Salon de 1874, musée de Carcassonne), le Saint Sébastien du Salon de 1875 (Paris, musée d’Orsay) ou les figures plus tardives destinées à l’Opéra et à l’Hôtel de Ville de Paris.

Selon le principe baroque, la structure établie sur une diagonale gagne en dynamisme. Comme les héroïnes de la Renaissance, Judith détourne le visage de sa victime et se présente au spectateur dans une attitude que Gustave Moreau (1826 – 1898) adopte à son tour pour la Salomé du Salon de 1876. L’artiste emprunte aux Vénitiens et à leur belle aisance décorative, à Véronèse en particulier, les alliances acides de coloris tandis que les personnages masculins, traités comme les Quatre Parties du monde, appartiennent au vocabulaire classique. Dans cette écriture mêlant tradition baroque et symbolisme, Thirion définit rapidement les caractéristiques de son style (son Persée de 1867 en témoigne) et rejoint le courant illustré par Gustave Moreau et Henri Léopold Levy (1840 – 1904), son condisciple à l’Ecole de Beaux-Arts, qui renouvellent le répertoire biblique d’un regard enrichi au contact de l’orientalisme.

Quelques temps après la mort de l’artiste, Victor Laloux obtient de la conservation du musée que la toile soit en bonne place dans une salle du musée et non plus dans l’escalier comme précédemment.