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Les coulisses de l'amour

16 déc. 2022 > 13 mars 2023.

actualitéDepuis 17 ans, le musée des Beaux-Arts de Tours figure parmi les partenaires de l’Université de Tours qui accompagnent les enseignements du département d’Histoire de l’Art. Les étudiants de Master 2 ont bénéficié de cette collaboration pour élaborer une exposition sous la responsabilité de leurs enseignants, Jean Beuvier et Lucie Gaugain, et avec le concours des professionnels du musée. En écho à L’Amour en scène ! François Boucher, du théâtre à l’opéra, ils proposent de parcourir les multiples facettes de la représentation amoureuse au 18ᵉ siècle. Organisée autour d’Hercule et Omphale de Dumont le Romain (1728), l’exposition illustre les moyens employés par les artistes du siècle des Lumières pour donner à voir l’amour : de la simple évocation du sentiment amoureux, à l’affirmation d’un érotisme assumé. Aussi, entre mythologie et allégorie, intérieur et extérieur, pudeur et vanité, Les coulisses de l’Amour soulignent la multiplicité de la représentation amoureuse durant cette période.


Nu féminin et héritage antique
Au 18ᵉ siècle, on observe les règles de l’art et la hiérarchie des genres picturaux établis depuis le siècle précédent par l’Académie royale de peinture et de sculpture. La mythologie gréco-romaine, jusqu’alors choisie pour le caractère héroïque de ses protagonistes, s’impose comme l’un des sujets principaux pour exprimer l’amour, le plaisir du beau et nourrir sa contemplation. Les thèmes d’Hercule et Omphale (Jacques Dumont, 1728) et celui de Léda (Anonyme, 18ᵉ siècle), deviennent prétexte à magnifier le corps nu dans une scène intime. L’inversion des rôles dans la relation homme/femme y est porteuse d’un discours érotique et le prestige de la référence offre une liberté aux artistes. La culture de la haute société se manifeste également dans les références antiques : la Jeune femme nue allongée sur un lit (Pierre- François Cozette, 1781) cite ainsi la posture de l’Hermaphrodite Borghèse (IIᵉ siècle après J.- C., musée du Louvre) et la Bacchante endormie celle de l’Ariane endormie (Vatican, musée Pio- Clementino, IIᵉ siècle avant J.-C.). Jacques-Antoine Vallin choisit quant à lui le thème du cortège dionysiaque comme prétexte au nu féminin pour sa Bacchante endormie (18ᵉ siècle).
Le déploiement visuel du corps sur la surface de la toile place le spectateur dans une position de voyeur. Par leurs lignes sensuelles, ces figures féminines mythologiques éveillent volupté et lascivité.

Lieux de l’amour
Sous le règne de Louis XV (1715-1774), la représentation de l’amour s’enrichit de l’idéal pastoral développé par le théâtre et la poésie. Le cadre naturel se révèle propice aux échanges frivoles, tels qu’ils sont mis en scène dans le Serment d’Amour. Dans un geste théâtral, le couple s’embrasse fougueusement, protégé par la nature désordonnée et complice. Les arts de la scène enrichissent la peinture par les décors, comme le donne à voir la Scène galante de Philibert-Louis Debucourt (1755-1832). Du contraste entre les ruines architecturales et le couple, naît une atmosphère tragique qui évoque à la fois les joies intenses de la vie et leur caractère fugace. L’omniprésence de la nature soutient le discours du peintre et prête un environnement secret à la sensualité des figures qui s’épanouit.
L’architecture contemporaine sert en outre de cadre aux représentations de l’amour mondain, entre intimité et mise en scène de soi. Le salon est le lieu de la sociabilité intellectuelle et de la séduction. Le Billet doux, attribué à Nicolas Lafrensen le Jeune, datant du 18ᵉ siècle, illustre ce cadre de la rencontre dans un contexte conventionnel. La chambre est également un lieu important de l’amour puisqu’elle est la pièce de l’intime, celle où l’on se met à nu et où l’amour peut librement s’épanouir. Dans Femme couchée, de Hughes Taraval (1779) l’amour vient d’être consommé, les draps du lit sont froissés, la jeune femme est nue et semble s’adresser à son amant qui serait hors champ.
Chaque lieu est une étape : la rencontre au salon, le rendez-vous galant dans les jardins e l’abandon dans la chambre.

Entre pudeur et vanité
Le 18ᵉ siècle est marqué de la pudeur exigée par l’Église et imposée à la Cour. Pour autant, cela n’empêche pas les artistes de représenter l’amour. Il peut s’agir d’un sentiment sincère, manifesté par une galanterie bienséante telle que représentée dans La Cascade d’après Antoine Watteau (après 1729). L’amour charnel peut simplement être évoqué par des procédés plastiques et des atmosphères sensuelles, contournant la censure, à l’image de la Femme endormie (Per Gustaf Floding, 1759).
L’imagination du spectateur est ainsi stimulée par la représentation à peine dissimulée de l’intimité amoureuse.
Siècle de mutations sociales importantes, le 18e siècle voit peu à peu les peintres se mettre à jouer avec les codes du libertinage, en s’affranchissant des codes imposés par les doctrines religieuses et sociales. Ils assouplissent progressivement les moeurs, tant par l’attitude parfois effrontée des personnages féminins que par la scénographie où se déploient des drapés sensuels. La Femme couchée (18ᵉ siècle) de Hughes Taraval illustre ce courant artistique qui rompt avec la « belle » galanterie et se tourne peu à peu vers une forme d’indiscrétion contemplative.

Commissariat :
Benjamin Bernard, Amélie Bigot, Maurine Cagnoli, Eulaly Decombard, Anne Lequesne-Porte, Coralie Montagu, Léonie Sagot et Chloé Sillon, étudiant.e.s en Master 2 histoire de l’art, métiers de la recherche, de la conservation et de la médiation, option Pratique de l’exposition, à l’Université de Tours.
Jean Beuvier, Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherches en Histoire de l’art moderne, CESR/UMR 7323.
Lucie Gaugain, Maître de conférences en Histoire de l’architecture et de l’urbanisme à l’université de Tours, CeTHiS EA 6298
Coordination musée des Beaux-arts :
Hélène Jagot, directrice des Musées-Château de Tours, conservatrice du patrimoine en charge des collections XIXᵉ - XXIᵉ siècles
Jessica Degain, conservatrice du patrimoine en charge des collections XVIIᵉ - XIXᵉ siècles
Virginie Dansault, médiatrice, en charge de l’action culturelle et du développement des publics

Catherine Pimbert, régisseuse des collections

Eric Garin, chargé de communication, Muqées et Château de Tours