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Arts graphiques

L'Annonciation, Le festin du mauvais riche et de sa femme

PICHORE Jean ou PINCHORE

Documenté de 1502 à 1521

L'Annonciation, Le festin du mauvais riche et de sa femme

Gouache et rehauts d'or sur vélin doublé sur papier.

H. 14,4 cm. L. 11,1 cm (chaque)

Inv. 1947-317-1 et Inv. 1947-317-2

Notice complète

Ces deux feuilles extraites d'un livre d'heures manuscrit (dont le musée possède une autre feuille représentant Le Festin du mauvais riche et de sa femme) ont subi quelques altérations. En effet, le large cadre devait englober, sous l'image principale, plusieurs lignes de texte, suivant une présentation très en vogue au XVIe siècle. Ce texte a été découpé et la hauteur de la page s'en est trouvée ainsi raccourcie. A l'aide de miniatures contemporaines, il est possible de se faire une idée assez précise de la disposition d'origine. Les montants devaient se composer de deux éléments de colonne superposés, de même hauteur, séparés par une bague et dont seul subsiste celui de la partie supérieure. La base, en revanche, est conservée dans son intégralité.

La partie basse de l'Annonciation, avec son fragment de verdure et de chemin de terre, ne provient pas de cette scène mais d'une autre page du livre d'heures se déroulant en plein air : la Visitation, la Nativité, l'Adoration des Mages ou bien encore la Fuite en Egypte.

Les deux peintures sont placées dans un encadrement imposant, dans lequel l'artiste développe sa connaissance du vocabulaire décoratif inspiré de la Renaissance italienne qui se répand dans la première décennie du XVIe siècle en France : cornes d'abondance, putti, guirlandes de pierres précieuses et de feuillage. Il adapte également à cette esthétique la forme de l'écu, représenté ici avec une découpe Renaissance dans une couronne de laurier placée au milieu de l'arcature de l'Annonciation. L'écu est demeuré vierge, ce qui suggère que le manuscrit a été conçu sans commanditaire précis en vue. Chaque colonne possède son propre décor : motifs de fleurs de lys, de spirales, de torsades ou encore de vaguelettes.

On reconnaît la palette habituelle de Jean Pichore, avec ses dominantes de blancs, de roux, d'or lavé et de marron. Deux couleurs, le vert vif et le bleu profond, appliquées en de larges aplats tranchent dans cette harmonie.

Dans l'Annonciation, la Vierge, assise dans un fauteuil, a posé un livre sur ses genoux. Elle lève les mains, surprise dans sa lecture par l'ange Gabriel.

La parabole du repas du mauvais riche et de Lazare quêtant sa nourriture (Luc XVI :19-31) introduit l'office des morts. Jean Pichore a souvent représenté cette scène durant sa longue carrière. La structure de la composition est toujours basée sur une diagonale mise en valeur par la table derrière laquelle se trouvent le mauvais riche et sa femme, assis sur un large banc. On reconnaît à l'arrière-plan de la feuille de Tours, sous le porche du palais, la silhouette de Lazare faisant le geste de se découvrir, utilisé dans les Heures dites de Henri IV, peintes par Pichore vers 1500. En rupture avec ses œuvres du tournant du siècle, Pichore délaisse, à partir des années 1510-1520, sa manière archéologique inspirée des gravures mantegnesques, et surcharge moins l'espace de multiples constructions architecturales ou d'ornements sculptés plaqués sur les murs.