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Arts graphiques

Adoration des Bergers

GOIS Etienne-Pierre-Adrien

Paris, 1731-1823

Adoration des Bergers

Gouache

H. 18,7 cm L. 14,4 cm

Achat galerie Paul Prouté, 1968

Inv. 1968-2-1

Notice complète

Présentée au Salon de 1783, cette gouache illustre bien la tendance picturale des dessins de Gois. Il s'agit en effet d'un véritable petit tableau, dans lequel la modulation chromatique et lumineuse permet de traduire des effets qu'on inscrira aisément dans une étroite proximité avec un certain baroque italien : celui né du Corrège et développé dans les œuvre du Barocci, mais adapté à un contexte français privilégiant la stabilité de la composition.

Les caractéristiques du thème renforcent les contrastes expressifs - peut-être ici l'écho d'une pratique de sculpteur, qui cherche l'effet intense et immédiat. Ainsi, la construction perspective angulaire détermine une organisation puissante des lieux qui contraste avec celle moins précisément délimitée par la lumière. Cependant, les deux facteurs s'associent au point de vue en contre-plongée pour conférer à la figure de l'Enfant une solennité marquée. Le choix d'une composition formée de deux obliques fortement entrecroisées autour de la figure de l'Enfant permet également de mettre en valeur ce dernier. Le drap levé constitue une sorte de dais qui le met en valeur, malgré un raccourci surprenant et peu esthétique. C'est que l'Enfant en lui-même n'est ici que le point de convergence de l'ensemble des regards, encadré par les corps puissants, fortement articulés. Les figures des bergers notamment, avec leur musculature exacerbée et leur tête petite, reprennent le contraste perçu plus haut dans l'espace à l'échelle cette fois de la figure. Les femmes jouent un rôle plus effacé de relais du regard : ainsi celle au premier plan à gauche, en profil perdu, dont la direction du regard correspond à celle du spectateur. Comme à l'habitude, Joseph reçoit le rôle du sage méditatif, en retrait de l'action proprement dite, placé auprès du bœuf et de l'âne gris.

L'ensemble de la représentation semble se situer sous le signe de la fertilité : les deux gallinacés du premier plan, les œufs apportés par l'un des bergers, l'enfant placé à la hauteur de la poitrine maternelle, tout cela met l'accent sur une religiosité qui tente d'articuler l'intime et le solennel, le profane et le sacré, l'humilité des adorateurs et la grandeur de Dieu.