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Arts graphiques

Carte du duché de Choiseul d'Amboise et de ses environs

COZETTE Charles

Paris, 1713 - ?, après 1797

Carte du duché de Choiseul d'Amboise et de ses environs

Plume et encre noire, gouache sur neuf feuilles montées en plein.

H. 505 cm L. 285 cm.

Saisie révolutionnaire, château de Chanteloup, 1794

Inv. D. 1911-3-1

Notice complète

En 1770, date d'exécution de ce dessin, le duc de Choiseul (1719-1785), tenu en disgrâce, a dû quitter la cour de Louis XV à Versailles. Pendant quatre années d'un exil qui ne fut qu'un triomphe, il retourne sur ses terres de Touraine en son château de Chanteloup, où il comble ses amis de la noblesse par des réceptions fastueuses, des représentations théâtrales et des parties de chasses.

Exceptionnelle par son format, sa provenance et son commanditaire, cette œuvre réunit une carte géographique réalisée par l'ingénieur géographe Jean-Baptiste Berthier et une scène de bataille exécutée à la gouache par Charles Cozette. Celle-ci, limitée dans sa partie supérieure par la carte de la vallée de la Loire, montre un détachement d'artillerie rassemblé le long d'une route se dirigeant vers une ville et une troupe de fantassins. Deux officiers, debout sous un arbre, examinent la situation à l'aide d'une lunette et guident le regard du spectateur vers la scène située à l'arrière-plan.

Berthier, auteur de la carte, avait dressé dès 1764 celle des environs de Versailles et de Paris, qui sera publiée en 1807 par son fils Alexandre, engagé pendant la guerre d'Indépendance américaine, aux côtés de Lafayette et de l'ingénieur-architecte Pierre-Charles Lenfant.

Ces cartes permettaient de mieux percevoir l'ampleur et la conception des réserves de chasse sont à l'origine des tracés de ville.

Même si Versailles est le plus souvent cité comme source d'inspiration à Lenfant pour son plan de Washington, il est incontestable que cette carte du domaine de Chanteloup a profondément marqué le jeune artiste, tout particulièrement son plan quadrillé coupé par des diagonales, ses convergences d'espaces et de ronds-points.
L'influence des cartes sur l'urbanisme du XVIIIe siècle est manifeste, comme en témoignent les plans de Claude-Nicolas Ledoux pour les salines d'Arc-et-Senans ou pour la ville d'Aix-en-Provence, ou encore ceux de Bordeaux, Reims, Dijon ou Nantes.

Le jardin "baroque" et la forêt servent désormais de modèles aux concepteurs urbains en France et à l'étranger. L'idée de Le Nôtre, consistant à réunir ville et jardin, connut de nombreux partisans. La "patte d'oie" radiale, placée à l'intersection de rues à angle droit, propose un schéma favorisant la circulation et des points de vue agréables. Elle permit, sur le modèle de la carte de Chanteloup de Berthier, de définir des quartiers aux contours plus lisibles.

Au XVIIIe siècle, les ingénieurs des Ponts et Chaussées prennent également pour modèle les plans de jardins et forêts.

Ainsi, cette carte, que Pierre-Charles Lenfant a pu longuement observer au château de Chanteloup dans ses années de jeunesse, est-elle en partie à l'origine de son plan de Washington.