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COVID-19 Pass sanitaire
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18e siècle

La Mort de sainte Scholastique

RESTOUT Jean

Rouen, 1692 - Paris, 1768

La Mort de sainte Scholastique

Huile sur toile

338 x 190

Saisie révolutionnaire, abbaye de Bourgueil, entre le 8 et le 29 octobre 1790

Inv. : 1793-2-2

Notice complète

La Mort de sainte Scholastique est probablement l’œuvre la plus célèbre de Jean Restout ; reproduite de très nombreuses fois, elle est considérée comme un maillon essentiel de l’histoire de la peinture religieuse du XVIIIe siècle. Plusieurs historiens de l’art lui attribuent même le qualificatif de « chef-d’œuvre de Restout ». L’artiste manifeste dans ce tableau son attachement à l’art de Jouvenet, auquel il emprunte notamment une intensité spectaculaire. Cependant Restout, dans ce genre qui est pourtant particulièrement codifié, utilise une mise en page à l’aspect dépouillé, audacieuse dans sa sobriété, qui renforce avec vigueur le pathos. Cette intensité rare explique sans doute le succès de cette peinture. L’artiste s’est probablement inspiré d’un tableau cintré de même sujet peint par Jean Jouvenet, disparu aujourd’hui mais connu par la gravure de Simon Thomassin. Dans la composition de Jouvenet la sainte agenouillée devant son prie-Dieu et tenant le crucifix entre ses mains, expire, soutenue par deux anges. Chez Restout les religieuses remplacent les anges, mais l’organisation générale de la toile est analogue à celle de Jouvenet. Cependant l’organisation est analogue mais pas identique, la force de ce tableau est due à une composition savante, qui avec peu de moyen mais une science particulièrement maîtrisée de la mise en page parvient à suggérer une spiritualité puissante.

Cette toile et son pendant, L’Extase de saint Benoît, ont été commandés à l’artiste par les bénédictins mauristes pour l’abbaye Saint-Pierre-de-Bourgueil. Restout travailla à plusieurs reprises pour les bénédictins de Saint-Maur ; l’un de ses oncles, Pierre Restout appartenait à cette congrégation, ce qui explique sans doute que l’on fit appel au jeune peintre, en 1719, pour l’un des Mays de Saint-Germain-des-Prés, centre de la congrégation de Saint-Maur. L’artiste avait des relations très privilégiées avec les membres les plus influents de la congrégation. Cette commande va lier en quelque sorte Restout à ces bénédictins et au cercle des jansénistes.

L’abbaye de Bourgueil s’unira à la congrégation mauriste en 1630, à partir de cette date des travaux importants furent effectués et plus particulièrement dans les années 1730 époque où les bénédictins prévoyaient d’accueillir un nombre plus important de frères. Le journal d’un voyageur en Touraine en 1729 offre un témoignage particulièrement intéressant : « Bourgueil… est renommé pour sa fameuse abbaye. Les bénédictins de la congrégation de Saint Maur y ont un de leurs principaux noviciats de la province de Bretagne. L’église a beaucoup d’apparences et elle seroit extrêmement grande si elle étoit achevée… le bâtiment n’a rien de fort singulier, mais les religieux se préparent à en faire un magnifique… ». La commande des deux tableaux de Restout s’inscrit donc dans un programme ambitieux d’agrandissement et d’embellissement de l’abbaye.

Dans sa représentation de La Mort de sainte Scholastique, Restout semble faire référence au texte écrit par Jacques de Voragine, dans La légende dorée, la sœur jumelle de saint Benoît expire et au même instant « trois jours après qu’il fut revenu au monastère, en levant les yeux il [saint Benoît] vit l’âme de sa sœur sous la forme d’une colombe qui pénétrait jusqu’aux profondeurs du ciel ». Le premier guide du musée publié en 1825 décrit l’iconographie de ce tableau : « l’instant du tableau est celui où saint Benoît croit voir sa sœur s’évanouir, et son âme s’échapper de son corps sous la forme d’une colombe. Cette sainte est mourante dans les bras d’une religieuse ; elle tient un crucifix, à qui elle vient d’adresser ses prières dans ses derniers momens .Dans le fond est une autre religieuse qui pleure sur le trépas de la sainte ».Par un coloris très sobre aux accords de bruns, de bleus ardoises et de gris, l’artiste nous offre une composition puissante. La touche large, travaillée parfois en demi pâte, particulièrement bien adaptée à cette toile de grand format, permet à l’œuvre de gagner dans la cohérence de la représentation. Restout supprime les détails superflus, doit-on voir ici un respect de l’artiste à l’un des chapitres de la règle de saint Benoît qui précise que « on pourra …mettre des tableaux et images qui excitent à la dévotion, sans aucun vain ornement » ? Cette sobriété des moyens ne signifie pas que l’œuvre soit austère, en effet une élégance se dégage de l’ensemble due notamment à l’équilibre des figures, à la souplesse des lignes et aussi à la beauté fine du visage de l’une des moniales qui soutient sainte Scholastique.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008