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18e siècle

La Géométrie

SANTERRE Jean-Baptiste

Magny-en-Vexin, 1651- Paris, 1717

La Géométrie

Huile sur toile

88 x 64,5 cm. (ovale)

Saisie révolutionnaire, château de Chanteloup, 1794

Inv. : 1794-1-17

Notice complète

Après une première formation chez le portraitiste François Lemaire, le jeune Jean-Baptiste Santerre entre dans l’atelier de Bon Boullogne. Agréé en 1698, on lui commande comme sujet de réception le portrait de Noël Coypel qui ne fut, semble-t-il, jamais réalisé. Il se consacre alors au portrait et aux figures de fantaisie qui font son succès et lui valent de très nombreuses commandes. Santerre manifeste dans ces compositions son attachement aux artistes septentrionaux. Il emprunte le choix de ses sujets et le traitement de la lumière aux peintres nordiques. Il sera reçu en 1704 à l’Académie Royale, non comme portraitiste mais comme peintre d’histoire sur présentation de Suzanne au bain (Paris, musée du Louvre) et se tourne alors vers le grand genre pendant les dernières années de sa carrière, Madeleine repentante, 1709, (Magny-en-Vexin, église Notre-Dame) mais sans renoncer à peindre des portraits et des figures de fantaisie.

Santerre connait un réel succès au cours de sa carrière, confirmé par les nombreuses répliques ou copies de ses œuvres, et bénéficie d’une large notoriété pendant tout le dix-huitième siècle ; on peut noter à ce titre que ses tableaux seront exposés au Salon jusqu’en 1791. Les travaux récents de Claude Lesné consacrés à cet artiste permettent aujourd’hui de mieux le comprendre.

La Géométrie

Venant, en octobre 1704, d’être reçu à l’Académie Royale, Jean-Baptiste Santerre expose quatorze toiles au Salon la même année, parmi lesquelles il présente : « Les Portraits de deux Filles dont l’une représente la géométrie, et l’autre une fille qui menace… ». On peut souligner à ce sujet, que reçu comme peintre d’histoire il n’expose pourtant que des portraits. Ce « portrait de la Géométrie » présenté au Salon pourrait être celui conservé au château de Vassy, considéré comme l’original, et qui sera l’objet de nombreuses répliques. Santerre va acquérir une grande notoriété avec ce type de figures de fantaisie, Le Mercure de France relate en 1718 que l’artiste, lassé par les critiques de ceux qu’il avait portraiturés « quitta donc les portraits, c’est à dire il ne voulut plus s’engager à faire ressembler parfaitement… C’est dans ce temps-là qu’il imagina de peindre seulement une demi-figure dans chaque tableau qui représenta un art, une science, ou quelques actions naïves, auxquelles il sut donner une finesse de pensées et d’expressions qui lui était particulière ».

Claude Lesné a suggéré que Santerre s’était sans doute inspiré pour La Géométrie d’une œuvre de G.L. Bernin (1598-1680), autrefois au Palais-Royal et connu par la description qu’en fait Dubois de Saint-Gelais en 1727 : « C’est un jeune homme avec une simple draperie rouge, ayant l’épaule gauche nue. Il est dans une attitude de méditation, le corps penché, la main gauche sous le menton, le coude appuyé sur un carreau d’où l’on voit un grand livre qu’il relève de la main droite, et paraît fort l’attacher ».

La Géométrie de Jean-Baptiste Santerre n’est pas datée, cependant la mention ancienne : 1711, inscrite à l’encre brune sur l’estampe de Claude Bricart conservée à la Bibliothèque Nationale, est peut-être une piste de datation.

Provenant des collections de Jean Bouteroue d’Aubigny au château de Chanteloup, la version de La Géométrie conservée au musée de Tours est mentionnée pour la première fois dans l’inventaire après décès de d’Aubigny rédigé le 15 mai 1732 : « dans la chambre de suitte Trois dessus de porte représentant …. Une mathématicienne… ». Dans la même chambre est accroché le Portrait d’un jeune garçon : « un dessus de cheminée représentant un Ramonneur ». Puis les deux tableaux seront publiés en 1786 dans le catalogue de la vente après décès du duc de Choiseul: « Deux tableaux de forme ovale, représentant l’un une figure de femme, vue à mi-corps réfléchissant à des règles de géométrie ; l’autre tableau représente la figure d’un jeune Savoyard, aussi vu à mi-corps, et appuyé sur un débris de mur. Hauteur 30 pouces, largeur 24 ». C’est probablement à cette vente que Penthièvre les achète pour les remettre à Chanteloup où ils seront saisis quelques années plus tard. Après l’entrée de la Géométrie dans les collections du musée en 1794, les différents inventaires révolutionnaires puis les anciens catalogues du musée mentionnent ce tableau comme œuvre « d’après Santerre », mais Paul Vitry dans le catalogue publié en 1911, le classe parmi les œuvres de l’artiste, Boris Lossky, conservateur du musée de Tours) en 1962 suivra cet avis. L’œuvre peut être considérée en effet comme une réplique de l’artiste ou de son atelier, car l’on retrouve la touche délicate de Santerre pour la représentation des carnations, et cette façon très personnelle de creuser profondément les plis des drapés en formant des sortes de lacets. La palette est également très caractéristique de celle utilisée par le peintre. Empruntant, comme on l’a souvent souligné, le traitement de la lumière aux artistes d’écoles du Nord, Santerre module la source lumineuse qui tourne sur l’épaule de la jeune femme, caresse le cou, souligne le profil avec douceur et baigne l’ensemble dans une belle couleur ambrée. Plusieurs versions connues de La Géométrie sont de format rectangulaire, en particulier celle conservée au château de Vassy. L’œuvre de Tours, de format ovale, était anciennement rectangulaire également, des marques de l’ancien châssis étant encore visibles sur la toile. Peut-on supposer que le tableau ait subi cette transformation afin d’être présenté en pendant avec le Portrait de jeune garçon suivant ?

Une copie de La Géométrie, dans une collection particulière locale a très vraisemblablement été peinte d’après l’œuvre du musée de Tours. Une signature presque illisible laisse apparaître les trois premières lettres du nom : Ray… ou Rav… qui peuvent laisser penser que le tableau a été peint par Jean-Jacques Raverot, conservateur du musée et directeur de l’Ecole de dessin de 1797 à 1837.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008