UA-10909707-12

Info

Info
COVID-19 Pass sanitaire
En application du décret n°2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n°2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, depuis le mardi 10 août pour tous les musées de la Ville de Tours un pass sanitaire est exigé pour les personnes de 18 ans et plus. Depuis le 30 septembre 2021, le pass sanitaire est également obligatoire pour les mineurs âgés de 12 ans et deux mois à 17 ans. Le contrôle du pass sanitaire sera effectué dans les mêmes conditions que pour les personnes majeures. Le port du masque reste actuellement obligatoire.

Le muséum d’Histoire Naturelle, le musée des Beaux-arts, le musée du Compagnonnage et le Château de Tours sont concernés par cette mesure.
Nos équipes mettent tout en œuvre pour faciliter et fluidifier votre accueil. Nous vous remercions de votre compréhension et de votre coopération lors des contrôles à l’entrée des établissements.

> > > 19e siècle

19e siècle

Portrait d'André Theuriet

BASTIEN-LEPAGE Jules

damvillers, 1848 - Paris, 1884

Portrait d'André Theuriet

Huile sur toile

35 x 29 cm.

Legs Mme Archambault de Beaune, 1947

Inv. 947-1-1

Notice complète

Né dans une famille de cultivateurs de la Meuse, Jules Bastien fait des études au lycée de Verdun, où ses dispositions pour le dessin sont encouragées par son professeur et par son père, lui-même habile dans le travail du bois. Grâce au niveau d’éducation de sa famille, où l’influence d’un grand-père retraité de l’administration s’avère non négligeable. Bastien-Lepage obtient de ses parents l’autorisation de poursuivre des études de peinture à Paris. Ayant accepté de passer un examen d’entrée dans l’administration des Postes, il quitte Damvillers en 1867 pour la capitale, où il mène de front son travail de postier et les cours de dessin.

Il renonce assez vite à concilier sa charge avec les études artistiques et entre dans l’atelier de Cabanel à l’Ecole des Beaux-Arts à Paris. Après deux échecs au prix de Rome (en 1874 et 1875) il se détourne définitivement de la peinture d’histoire, puisant désormais son inspiration dans la souvenir de sa maison natale.

Son premier envoi passe inaperçu au Salon de 1870, de même que le second, en 1873. En 1874, il joint à la Chanson du Printemps (Verdun, musée de la Princerie), le portrait de son grand-père Lepage (Nice, musée des beaux-arts), peint d’une facture franche sur un fond de plein air. L’œuvre attire l’attention du public et de la critique sur le jeune artiste qui obtient une médaille de troisième classe. Par la suite, il garde l’habitude de présenter simultanément au Salon une scène de genre et un portrait, livrant ainsi les deux versants de son tempérament artistique. Profondément attaché aux paysages de la Lorraine et à ses habitants, il éprouve le besoin de s’immerger dans cette campagne, dont il se sent privé à Paris, à travers des images d’un naturisme sincère. Les scènes de la vie quotidienne, le travail des champs, l’évocation des grands évènements rythmant la vie des paysans constituent la trame essentielle de son art.

Parallèlement, la sobre expressivité avec laquelle il traite la représentation de la figure humaine et la renommée qui s’ensuit lui permettent d’obtenir la commande du portrait du prince de Galles, futur Edouard VII, pour lequel il est appelé à Londres en 1879. Les effigies d’une mise en page classique et d’une grande pénétration psychologique qu’il laisse de Sarah Bernhardt (1877, Montpellier, musée Fabre), de Juliette Drouet (1883, Paris musée Victor Hugo), du critique Albert Wolff (1881, Cleveland, collection particulière) lui assurent une aisance matérielle nouvelle. Sa brève excursion à Venise et en Suisse en 1881, le laisse déçu. Le séjour qu’il effectue en 1884 en Algérie dans l’espoir d’améliorer son état de santé ne lui apporte pas la guérison. Pendant une période très brève il éprouve le plaisir de la découverte –comparable à celle de Delacroix au Maroc en 1832 – d’un sentiment renouvelé de la beauté. « C’est encore le triomphe de la bête vérité sur l’arrangement et le convenu », écrit-il à propos des costumes des Arabes à son ami Theuriet. Il y peint sa dernière œuvre, Lune à Alger (Nancy, musée des beaux-arts).

A l’occasion de la présentation des Foins (Paris, musée d’Orsay) au Salon de 1878, son ami et biographe André Theuriet soulignait la place éminente occupée par Bastien-Lepage dans l’art de son époque : « Cette toile où la vie des champs était étudiée avec tant de sincérité et rendue d’une façon si puissante, exerça une influence considérable sur la peinture contemporaine. A partir de cette exposition, beaucoup de jeunes peintres, beaucoup d’artistes étrangers surtout, se jetèrent avec enthousiasme dans la voie nouvelle frayée par Bastien-Lepage, et, sans le vouloir, le peintre des paysans de la Meuse fut sacré chef d’école. »

Portrait d’André Theuriet :

Personnage essentiel de la brève existence de Jules Bastien-Lepage, André Theuriet (1833-1907) est poète et romancier. Les hasards de la carrière administrative de son père conduisent la famille, originaire de Saône-et-Loire, à Bar-le Duc et, jeune encore, Theuriet découvre la puissante beauté des forêts de Lorraine. Rencontrés au Salon de 1874 devant le Portrait de son grand-père, Theuriet et Bastien-Lepage communient d’emblée dans la mémoire de cette nature meusienne dont ils ont tous deux la nostalgie, le poète ayant vécu en 1856 quelques semaines à Damvillers, village du peintre. « Les souvenirs du pays natal, notre commun amour de la campagne et de la vie en plein air eurent établi entre nous des rapports affectueux, et, après deux ou trois rencontres, nous nous liâmes intimement. » Chantre des forêts et de la vie rustique, qui constituent les personnages essentiels de ses romans, Theuriet apparait comme le contrepoint littéraire de Bastien-Lepage. Collaborateur de la Revue des deux mondes, l’écrivain y oublie l’une des meilleures biographies de l’artiste peu après la mort de celui-ci.

Au début de 1877, installé dans un nouvel atelier situé au fond de l’impasse du Maine, Bastien-Lepage commence le portrait de son ami. « J’y venais à cette époque tous les matins », écrit celui-ci. « Il peignait avec une activité fiévreuse et une sûreté de main étonnante […]. Le portrait ébauché pendant les neiges de janvier fut presque achevé quand l’abricotier du jardin de l’atelier commença à se couvrir de fleurs blanches en avril. »

Présenté au Salon de 1878, le tableau des Foins n’éclipse pas de son succès le portrait de Theuriet, exposé à la même manifestation. Salué par des commentaires élogieux il reste un des portraits les plus célèbres du peintre. La critique contemporaine (Fourcauld, Véron, Chasrel…) en souligne surtout le modelé puissant et, dans son compte rendu du Salon Castagnary note : « Les portraits sont nombreux au Salon […]. Un des plus fins et des plus délicats est celui de M. André Theuriet, le poète par Bastien-Lepage. Il est dans des dimensions fort restreintes, mais modelé avec un art prodigieux. Le front, les yeux sont étonnants de vie. On sait du reste que M. Bastien-Lepage excelle dans le portrait : avant son grand éclat de cette année, les Foins, c’est par le portrait qu’il avait fondé sa réputation. »

L’écrivain âgé de 45 ans au moment de l’exécution de la peinture pour laquelle l’artiste adopte une mise en page d’une extrême sobriété.

La finesse des traits du personnage, la calvitie naissante accentuant l’importance du front sont soulignés d’un trait qui contribue à détacher nettement la figure du fond sombre sur lequel le peintre place son modèle. En raison de l’économie des moyens manifestés par l’auteur, c’est à la tradition du portrait nordique, notamment à Holbein que la critique de l’époque rattache l’art de Bastien-Lepage, tandis que par sa matière, à la fois lisse et sensuelle, il est comparé à Fantin-Latour.

Fonctionnaire de l’enregistrement, André Theuriet est nommé pour quelques années en Touraine (1857-1862). Il réside au Grand-Pressigny, dont il évoque les paysages voisins dans divers romans comme le Fils Maugars (1909) ou Eusèbe Lombard (1885), dont l’action se situe respectivement au Châtelier, à Paulmy et à Etableau. Dans différents ouvrages (le Journal de Tristan, 1883 ; Souvenirs des vertes saisons, 1904), il chante la douceur des paysages, la majesté de la Loire et des couchers de soleil flamboyants, vante avec sensibilité la beauté de Tours et de ses environs, le pittoresque de la campagne et de ses villages. La publication de ses souvenirs et de plusieurs récits a fixé la mémoire des jours heureux passés dans la région.