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Fermeture jusqu'au 19 mai

Conformément aux directives gouvernementales de lutte contre la propagation du virus Covid-19, le Musée des Beaux-Arts est fermé au public jusqu'au 19 mai.
Le jardin du musée ferme actuellement à 18h30.

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Mobilier et objets d'art

Commode

DEMOULIN Jean

Vers 1750

Commode

Laque d’Extrême-Orient et bronzes dorés

0,89 x 1,60 x 0,70 m

Saisie révolutionnaire, château de Chanteloup, 1794

794-2-1

Notice complète

Né en Côte-d'Or, on suppose que Jean Demoulin a fait son apprentissage à Dijon avant de monter à Paris vers 1745. Il produit pour la bonne société des meubles précieux souvent ornés de panneaux de laque puis, sans doute à l'incitation du prince de Condé, gouverneur de Bourgogne. Il y obtient ses lettres de maîtrise, regagne Dijon, quelques années plus tard où il est de nouveau reçu à sa maîtrise en 1780. C'est à Dijon qu'il installe son atelier, rue de Condé puis rue de la Vannerie où il exercera jusqu'en 1788, assisté par son fils Jean-Baptiste. Son travail est toujours très soigné mais il abandonne alors la fabrication de meubles luxueux qu'il pratiquait à Paris pour des meubles beaucoup plus sobres. Il produit commodes bureaux, encoignures, meubles à hauteur d'appui, de style Louis XV et Louis XVI en bois de placage en acajou ou en bois de rose. La majorité de ses meubles est décoré somptueusement de laque de Chine aux couleurs chatoyantes, très variées, avec des encadrements de bois clair ou bronzes rocailles. Les œuvres sorties de ses ateliers furent abondantes et diverses.

Comme ancien ébéniste parisien, Jean Demoulin apposait également la marque JME. Ses fils, les frères Demoulin, signaient par une étiquette qui fournissait des informations sur l'atelier et la date de fabrications du meuble. Elle était collée soit sur le plancher, sous le marbre, soit sur le fond du tiroir inférieur.

Cette commode en laque, merveilleux exemple du style rocaille du début des années 1750, figure partie les pièces majeures du musée. Saisie à la Révolution au château de Chanteloup dans les appartements du duc de Penthièvre, elle avait appartenu auparavant à Madame de Choiseul. Elle témoigne de l’attachement de la duchesse à des meubles plus anciens, certes mode à la mode, mais pouvant lui rappeler les années plus douces de sa vie parisienne.

D’une taille imposante, 1m60 de large, elle ouvre sur deux grands tiroirs, sans traverses de séparation apparente, dont celui du bas présente un puissant tablier supportant un riche décor de bronze doré duquel partent des méandres feuillagés formant l’encadrement. Les angles reçoivent un décor aux motifs de volutes, fleurs et feuillages en partie ajourés.

Mais ce qui retient l’attention ce sont les panneaux que ces bronzes mettent parfaitement en valeur, d’un laque chinois fort rare d’époque Kien-Long (1736-1796), se particularisant par de légers reliefs sur des fonds rehaussés d’or ou noirs, selon qu’ils soient récupérés sur les faces avant ou arrière d’un paravent. Ils montrent des hordes de hors-la-loi chassant ou guerroyant, inspirées de celles égayant un roman populaire chinois à succès intitulé Shui-hu-Zhan. L’on peut ici admirer deux cavaliers attaquant avec un pieu leur proie, sous les yeux d’un groupe émergeant d’un passage étroit de la montagne. Les côtés, par contre, sont plus simples, illustrés de paysages montagneux.

On connaît d’autres meubles de Jean Demoulin pourvus de laques identiques, notamment une commode fort proche conservée au château de Talcy, une autre plus petite au musée des Arts Décoratifs.

Enfin, il faut particulièrement apprécier le travail de Demoulin dans la restitution du décor de laque, savamment remonté sur cette commode ; en effet, au contraire de la plupart de ses confrères, il s’attela ici à centrer parfaitement sa composition et à la présenter de telle manière que l’on pourrait penser que le panneau avait été conçu pour être plaqué sur ce meuble. Bernard Van Riesen Burgh (plus connu sous les 4 lettres BVRB, l'estampille avec lesquels ils signaient leurs meubles est une dynastie d'ébénistes, originaire de Hollande, et travaillant à Paris depuis la fin d u XVIIe siècle.) avait été le premier dans cette constante recherche d’adéquation entre la taille du panneau de laque et celle du meuble à recouvrir et, à ce titre, il peut être considéré comme le maître du meuble en laque. Demoulin, dans le cas de cette commode, rejoignait sans conteste le niveau di maître.