UA-10909707-12

Info

Info
COVID-19 Pass sanitaire
En application du décret du 19 juillet 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, à compter de mercredi 21 juillet, le pass sanitaire est exigé pour toute personne de 18 ans et plus, afin d'accéder aux équipements culturels et sportifs pouvant accueillir plus de 50 personnes en simultané.

Le muséum d’Histoire Naturelle, le musée des Beaux-arts, le musée du Compagnonnage et le Château de Tours sont concernés par cette mesure.
Nos équipes mettent tout en œuvre pour faciliter et fluidifier votre accueil. Nous vous remercions de votre compréhension et de votre coopération lors des contrôles à l’entrée des établissements.

> > > 18e siècle

18e siècle

Acis et Galatée sur les eaux.

BOULLOGNE Bon

Paris, 1649 - Paris, 1717

Acis et Galatée sur les eaux.

Huile sur toile

140,5 x 161 cm.

Saisie révolutionnaire au château de Chanteloup, 1794

Notice complète

Après une première formation dans l’atelier de son père, Louis Boullogne I (1609-1674), l’artiste est remarqué par Colbert qui facilite son séjour à l’Académie de France à Rome. Durant ce séjour qui durera cinq années, Bon Boullogne copie Raphaël, les Carrache, le Dominiquin, le Corrège…. De retour en France son œuvre témoignera de sa sensibilité et des nombreux emprunts à ces artistes transalpins mais aussi à d’autres peintres. Le Brun fait appel à lui pour le chantier versaillais, Bon Boullogne devient alors l’un des jeunes artistes les plus sollicités et partage son temps entre commandes royales et travaux parisiens. A Versailles, il participe en particulier aux travaux de décor de l’appartement des Attiques en 1676, puis de l’escalier des Ambassadeurs un an plus tard. Cette même année il est reçu comme peintre d’histoire à l’Académie royale de peinture et de sculpture sur présentation d’Hercule combattant les Centaures (musée du Louvre). Les premières années du XVIIIe siècle sont une période particulièrement faste pour l’artiste, qui est sollicité par la cour pour la résidence du Grand Dauphin à Meudon en 1700, pour Trianon l’année suivante, puis pour Rambouillet, propriété du Comte de Toulouse peu de temps après. A Paris il réalise le plafond du Palais de Justice (disparu), et celui de la Comédie Française (disparu),. Mais ce grand décorateur reçoit également des commandes religieuses. Pour l’église des Invalides il réalise la décoration intérieure de la chapelle Saint-Ambroise, puis celle de la chapelle Saint Jérôme, en 1703. L’un de ses derniers décors sera celui de la chapelle du château de Versailles. Sur ces grands chantiers Bon Boullogne travaille régulièrement aux côtés de son frère cadet, Louis.

Bon Boullogne occupera conjointement les fonctions de professeur adjoint puis de professeur à l’Académie. Toute une génération d’artistes se formera dans son atelier en particulier Jean Raoux , Jean-Baptiste Santerre, Sébastien Le Clerc, Joseph Christophe.

Acis et Galatée sur les eaux.

En octobre 1705, le comte de Toulouse achète le domaine de Rambouillet et fait réaliser des travaux d’agrandissement et d’embellissement du château. Ces travaux de décoration se limitaient dans un premier temps aux appartements royaux. Cette phase de travaux au château de Rambouillet fut vraisemblablement achevée durant l’été 1707 avant la première visite officielle de Louis XIV et de la cour au mois d’août de cette année. Ce tableau et les trois suivants (Neptune amenant Amphitrite dans un char marin vers son palais; Pluton enlevant Proserpine; La nymphe Io, métamorphosée en génisse par Jupiter, trace son nom sur le sable pour se faire reconnaître par ses parents) furent commandés à Bon Boullogne, pour être placés en dessus-de-porte dans la chambre du roi, et pour le cabinet du roi, contigu à cette chambre on commanda au jeune frère de l’artiste, Louis, deux tableaux. Si les tableaux de Boullogne ne sont pas datés, l’artiste ne datant que très rarement ses oeuvres, en revanche les deux tableaux de Louis de Boullogne portent la date de 1707, confirmant que la visite du roi constitue une date butoir pour la réalisation de cet ensemble. Le duc de Penthièvre vend Rambouillet à Louis XVI en 1783 et fait emporter ces six tableaux à Chateauneuf-sur-Loire puis à son château de Chanteloup en Touraine, dont il devient propriétaire en 1786, c’est dans ce domaine qu’ils seront saisis en 1794.

La date de la commande de ces tableaux à Bon et Louis de Boullogne, correspond à une période particulièrement faste de la carrière des deux artistes, qui travaillent régulièrement ensemble sur des chantiers importants en particulier pour le compte des bâtiments du Roi.

En 1920, le ministère de l’instruction publique et des beaux-arts envisagea de reprendre ces six tableaux réalisés par les frères Boullogne pour le château de Rambouillet, devenu propriété de l’Etat en 1870 et résidence d’été des présidents de la République. Horace Hennion, conservateur du musée, soutenu par Paul Vitry, conservateur au Louvre, refusa, rappelant notamment que ces œuvres ne provenaient pas directement de Rambouillet, mais d’une saisie au château de Chanteloup. Dans une lettre adressée au ministre en septembre 1921, Vitry insiste sur la légitimité de ces tableaux dans les collections du musée de Tours et ajoute : « … M. le Président de la République qui occupe le château ne pense sans doute pas priver le public, les amateurs et les historiens de tableaux exposés dans un musée assez fréquenté au bénéfice de ses appartements particuliers ». Le peintre René Lequien sera chargé d’exécuter des copies de ces six tableaux d'octobre 1929 à avril 1930, qui ont ensuite été mises en place dans des boiseries au château de Rambouillet.

Une unité de thème sert de lien entre ces quatre dessus-de-porte réalisés par Bon Boullogne, chacun d’entre eux représentant un épisode emprunté aux amours des dieux de l’Olympe. Boullogne affirme par cette série qu’il est l’un des artistes décorateurs les plus brillants de la Régence. Le premier catalogue du musée, publié en 1825, décrit ainsi le premier de la série : « Galatée sur les eaux. Galatée, nymphe de la mer, fille de Nérée et de Doris, est représentée assise à côté d’Acis, sur une grande coquille… Sur le devant, un Triton sonne de la conque… Quelques Naïades accompagnent ces amants. Dans le haut du tableau, à gauche, on aperçoit le géant Polyphème, jouant du syrinx ».L’œuvre séduit par le contraste des rythmes orchestrés par une composition savante. Le ciel orageux, la jeune naïade prise par le courant, la voile gonflée par le vent offrent à l’ensemble un fort mouvement entraînant. En réalisant ce triomphe marin il est probable que Bon Boullogne se souvenait de quelques œuvres vues en Italie, tel le Galatée et Polyphène de Giovanni Lanfranco (Rome, Galerie Doria Pamphili). Les deux frères, tout au long de leur carrière traiteront ce sujet mythologique.

Neptune amenant Amphitrite dans un char marin vers son palais

Peinture 18 e

Le sujet de ce triomphe marin fut plusieurs fois traité par Bon Boullogne. L’élaboration du Neptune et Amphitrite de Tours est connue grâce à un dessin préparatoire particulièrement intéressant conservé au Art Institute de Chicago. Une inscription manuscrite dans la marge supérieure indique : Neptune et Amphitrite de Boullongne Laisné pour la Grande chambre/jour gauche. La mention jour gauche voulant sans doute mettre en évidence la direction de l’éclairage de l’œuvre une fois mise en place dans la Grande chambre du roi au château de Rambouillet. Sur le tableau, la lumière est de façon évidente plus forte à gauche, mettant en valeur la figure d’Amphitrite qui manifeste sa surprise en découvrant le palais de Neptune. Ce dessin conservé à Chicago est de toute première importance car il reste, encore aujourd’hui, le seul dessin connu de Bon Boullogne préparatoire à un tableau. Si les deux compositions restent assez proches, on peut noter cependant plusieurs modifications apportées sur l’œuvre définitive. Sur le dessin Neptune se tient debout, dans une attitude triomphante et dominant la figure d’Amphitrite. Dans le tableau Boullogne a préféré qu’ils soient assis l’un à côté de l’autre sur le char marin, manifestant une certaine complicité amoureuse. De plus, le format allongé du dessin offre une mise en page étendue et différente de celle du tableau presque carré, ce format obligeant une composition plus serrée.

Sébastien Le Clerc affirme dans son œuvre et notamment dans son morceau de réception, La déification d’Enée, présenté en 1704, des analogies étroites avec l’art de Bon Boullogne qui fut son maître à l’Académie. Les visages des jeunes nymphes au visage rond et au regard enfantin présents dans de nombreux tableaux de Le Clerc sont ainsi très proches de celui de la naïade à gauche de la composition de Neptune et Amphitrite.

Pluton enlevant Proserpine

Peinture 18 e

Ce thème mythologique représentant l’enlèvement de Proserpine par Pluton connut un beau succès en France dès la fin du XVIIe siècle grâce à l’opéra Proserpine de Lully, qui fut présenté pour la première fois devant le roi à Saint-Germain en Laye par l’Académie royale de musique en 1680. De nombreuses représentations furent ensuite données de cet opéra commenté abondamment par Madame de Sévigné qui écrit qu’il est au-dessus de tous les autres.

Bon Boullogne évoque de manière précise dans cette composition, le poème d’Ovide : « Pendant que Proserpine joue dans ce bois et cueille des violettes et des lis… et rivalise avec ses compagnes à qui en ramassera le plus…. Pluton la voit en tombe amoureux et l’enlève ». La forte théâtralité de ce tableau montre, plus encore que sur les autres œuvres de la série, ce qu’Antoine Schnapper appelait l’éloquence artificielle des gestes. Saisie d’effroi, Proserpine regarde avec stupeur cette silhouette qui émerge de l’obscurité. Aréthuse représentée sur l’avant-plan et Cyané manifestent aussi leur étonnement. Leurs silhouettes délicatement allongées évoquent les artistes bolonais que Boullogne avait copiés en Italie et en particulier l’Albane. Mais Bon Boullogne connaissait sans doute également l’un des tableaux réalisés par René-Antoine Houasse en 1688, pour le Salon des Sources à Trianon et représentant Cyané changée en fontaine, qui offre des rapprochements intéressants avec le tableau de Tours.

La nymphe Io, métamorphosée en génisse par Jupiter, trace son nom sur le sable pour se faire reconnaître par ses parents

Peinture 18 e

Le premier catalogue du musée, publié en 1825 décrit ainsi ce tableau : « Io, fille d’Inachus et d’Ismène, fut métamorphosée en vache par Jupiter, pour la soustraire à la vigilance de Junon. Io est représentée au moment où elle écrit son nom sur le sable avec son pied, pour se faire reconnaître à Inachus. Ce père infortuné lève les mains au ciel et implore la bonté de Jupiter en faveur de sa fille, qui verse des larmes en voyant son père et ses sœurs, dont l’une lui donne de l’herbe à manger » (1). Boris Lossky, rappelle dans la notice qu’il consacre à ce tableau (2) que François Verdier avait traité ce sujet quelques années plus tôt pour des décors au Grand Trianon. C’est en fait une série de neuf tableaux sur l’histoire de Jupiter et Io que Verdier réalise peu avant 1695 pour Versailles, l’un des tableaux de cet ensemble représentant le même épisode de l’histoire (3). Bon Boullogne connaissait probablement ce cycle car le personnage d’Inachus sur le tableau de Tours est proche de celui de François Verdier.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008