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18e siècle

Vue panoramique de Tours

DEMACHY Pierre-Antoine

Paris, 1723 - Paris, 1807

Vue panoramique de Tours

Huile sur toile

81, 5 x 154 cm

Don abbé Raymond Marcel, 12 novembre 1968.

Inv. : 1969-2-1

Notice complète

Elève de Servandoni, qui lui enseigne l’art du paysage composé, Pierre-Antoine Demachy est agréé à l’Académie royale en 1755 puis reçu trois ans plus tard, comme peintre d’architecture, sur présentation d’un Temple en ruine (ce tableau est probablement celui conservé au musée du Louvre, sous ce titre). Demachy occupera au sein de l’institution la charge de conseiller puis, à partir de 1786, celle de professeur de perspective. Reconnu par ses contemporains comme le rival le plus heureux d’Hubert Robert, il semble que contrairement au célèbre « Robert des ruines », Demachy n’ait jamais effectué de séjour en Italie. Cependant une large partie de sa production est consacrée aux rovine ideale, exécutées dans la veine des vedutistes italiens qu’il étudia auprès de Servandoni, l’un des élèves de Pannini. A plusieurs reprises Diderot l’opposera dans ce genre à Hubert Robert soulignant : « l’énorme différence d’une bonne chose et d’une excellente ».

Pierre-Antoine Demachy réalise également de nombreuses vues de Paris dont le musée Carnavalet conserve les plus beaux exemples. Ces œuvres offrent un témoignage unique, en effet, l’artiste se révèle être, un chroniqueur méticuleux, car l’actualité semble l’avoir particulièrement inspiré, comme en témoignent certaines toiles : Démolition de l’église des Saints Innocents, 1787 ou encore Cérémonie de pose de la première pierre de la nouvelle église Sainte Geneviève (Paris, musée Carnavalet). Ces tableaux sont une source iconographique essentielle et sont particulièrement précieux pour la connaissance de l’urbanisme parisien au XVIIIe siècle.

Vue panoramique de Tours

Boris Lossky, conservateur du musée, avait tenté d’acquérir pour le musée cette belle vue panoramique de Tours en 1962 puis en 1963, alors qu’elle était en vente chez Christies puis à Paris chez Adolphe Stein. Le dossier consacré à ce tableau contient un nombre impressionnant de courriers témoignant des multiples démarches que l’ancien conservateur du musée de Tours a effectuées dans ce sens. A bout d’arguments il va finalement demander de l’aide auprès de l’un des mécènes du musée, l’abbé Raymond Marcel qui achètera le tableau proposant de le léguer avec l’ensemble de sa collection à la ville de Tours. En fait le tableau de Demachy entrera dans les collections du musée dès 1968 alors que les autres œuvres de Monseigneur Marcel ne seront acquises qu’en 1972 date du legs.

Cette vue de Tours reprend un thème en vogue depuis les « atlas de ville » de la Renaissance et s’inscrit dans la longue série des représentations pittoresques de villes exécutées à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Lorsque Demachy peint ce tableau, la ville de Tours est architecturalement en plein essor et son urbanisme sera souvent cité en exemple. Un nouveau pont vient d’être élevé, sur les plans de Mathieu de Bayeux, remplaçant le pont médiéval dont il ne reste que quelques vestiges visibles à gauche, une voie nouvelle est tracée dans l’axe de ce pont. Si le tableau de Demachy témoigne assez justement de l’impression que l’homme du XVIIIe devait ressentir lorsqu’il arrivait à Tours, on peut cependant noter plusieurs inexactitudes. Ainsi en 1787 seul un des deux bâtiments face au pont est achevé, ce pavillon, futur Hôtel de Ville deviendra quelques années plus tard la bibliothèque. Le second pavillon qui lui fait pendant à gauche était prévu à cette date mais ne sera achevé qu’en 1828, il abritera alors le musée et l’école des beaux-arts. Demachy connaissait-il les plans de Cadet de Limay, Ingénieur en chef de la généralité de Tours de 1770 à 1780, qui est à l’origine de ces travaux d’urbanisme de la ville ? Dans ce cas le peintre a peut-être souhaité représenter les deux bâtiments dans un souci d’équilibre.

Certains autres détails peuvent laisser supposer que l’artiste n’est peut-être jamais venu à Tours, travaillant uniquement sur documents, on peut même imaginer que certains de ses élèves ont pu réaliser des croquis des monuments les plus marquants de la ville pour que le peintre puisse ensuite les utiliser dans sa composition. Si de gauche à droite, on peut reconnaître le château, la cathédrale, l’église Saint-Julien, la basilique Saint-Martin…il est en revanche difficile d’identifier avec certitude le clocher de l’église dans le fond dans l’axe du vieux pont gothique, est-ce celui de l’église Saint-Etienne ou de Saint-Pierre du Boille ? Enfin, les collines représentées en arrière plan ne correspondent pas à la réalité topographique de la ville. Certaines maladresses ou faiblesses dans l’exécution peuvent faire penser que l’artiste a travaillé en collaboration avec des élèves de son atelier. Il faut cependant rappeler que Demachy qui excelle dans le représentation des monuments est souvent raide et conventionnel lorsqu’il peint des personnages. Diderot, au Salon de 1775, ne lui avait-il pas conseillé de « donner ses figures à peindre à quelqu’un qui s’en acquittât mieux… ».

Une grande animation règne sur la Loire, alors navigable, et sur laquelle s’effectuait un trafic important. Des bateaux à fond plat, typiques de la marine de Loire, charrient des tonneaux de vin, l’une des richesses régionales. L’œuvre semble vouloir exalter l’essor économique de la ville qui grâce à la nouvelle percée de la route royale vers l’Espagne s’était développée de manière considérable.

La mise en page large qui laisse une place prépondérante au ciel et au fleuve, évoque certaines œuvres de Demachy, en particulier, la Vue de Paris, prise du Pont-Neuf, 1783 (Versailles, musée national du château et de Trianon). Sur cette Vue panoramique de Tours, la richesse des coloris dominés par les verts et les bleus, adoucis par les tons roses et mordorés des monuments crée une atmosphère particulièrement apaisante et traduit à merveille cette douceur de vivre et cette lumière ligérienne si caractéristique.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008