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COVID-19 Pass sanitaire
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18e siècle

Mathatias tue un juif idolâtre et l’officier du roi Antiochus, qui forçaient le peuple à sacrifier aux idoles et en fait renverser l’autel

LEPICIE Michel-Nicolas-Bernard

Paris, 1735 - Paris, 1784

Mathatias tue un juif idolâtre et l’officier du roi Antiochus, qui forçaient le peuple à sacrifier aux idoles et en fait renverser l’autel

Huile sur toile

325 x 261 cm.

Dépôt de l'Etat, 1803, transfert de propriété à la Ville de Tours, 2010

Inv. : 1803-1-13

Notice complète

Fils de François-Bernard Lépicié graveur du Roi et secrétaire perpétuel de l’Académie, auprès de qui il réalise quelques estampes, Michel-Nicolas-Bernard abandonne très tôt la gravure et se consacre à la peinture qu’il étudie dans l’atelier de Carle Van Loo. Agréé à l’Académie royale en 1764, avec Guillaume le Conquérant envahissant l’Angleterre (Caen, Abbaye aux Hommes). Il participe pour la première fois au Salon l’année suivante puis est reçu en 1769 comme peintre d’histoire sur présentation de Achille instruit dans la Musique par le centaure Chiron (Troyes, musée des beaux-arts). Au Salon de 1765, il essuie des critiques de Diderot qui ne constate « ni harmonie, ni noblesse » devant son morceau d’agrément. Le style de ses premières scènes historiques, austères et sans grande inspiration lui vaudront régulièrement de jugements sévères. Mais, dès le Salon suivant, en 1767, Lépicié présente des scènes d’intimité familiale qui recueillent en revanche les suffrages du public et les louanges de la critique. Bachaumont (1690-1771, écrivain, critique d'art) souligne : « Lépicié se fait toujours goûter quand il ne veut pas s’élever au genre de l’histoire ». On compare l’artiste à Greuze, à l’occasion d’autres expositions on citera également le nom de Chardin ; Cochin enfin dira de l’artiste qu’il est un nouveau Téniers. Lépicié montre en effet dans ces productions son attachement à l’art des Pays-Bas. Tout au long de sa carrière il réalisera conjointement de grandes compositions historiques et des scènes de genre de petit format qui témoignent d’une vérité étonnante. Ses portraits d’enfants, d’une grande tendresse, appartiennent probablement aux plus belles productions de ce genre réalisées dans le dernier quart du siècle : Le jeune dessinateur, vers 1772 (La Haye, Mauritshuis), Le Portrait de Carle Vernet à l’âge de quatorze ans, 1772 (Paris, musée du Louvre).

Dès sa réception, Lépicié reçoit des commandes de la Couronne. Pour le Grand cabinet du Petit Trianon il réalise deux œuvres empreintes d’une délicate poésie et d’un lyrisme séduisant : Adonis changé en anémone (1669) et Narcisse (1771) (Versailles, musée national du château et de Trianon). En 1777, les Bâtiments du roi lui commandent quatre grands tableaux historiques destinés à la manufacture des Gobelins .

Nommé professeur adjoint à l’Académie en 1777 puis professeur deux ans plus tard, Nicolas-Bernard Lépicié formera dans son atelier des artistes qui marqueront avec succès les dernières années du XVIIIe et le début du XIXe siècle : Jean-Nicaise Perrin, Jean-Joseph Taillasson, Carle Vernet, Jean-Baptiste Regnault…

Mathatias tue un juif idolâtre et l’officier du roi Antiochus, qui forçaient le peuple à sacrifier aux idoles et en fait renverser l’autel

La commande de ce tableau s’inscrit dans le vaste programme mis en place à partir de 1776 par d’Angiviller (directeur général des Bâtiments du roi), qui souhaitant «ranimer le genre noble et sévère de l’Histoire » fait réaliser chaque année, pour le Compte des bâtiments du roi, plusieurs tableaux « dans le genre de l’Histoire ». Lépicié, aux côtés des peintres d’histoire de sa génération, Durameau, Hallé, Brenet, Les Lagrenée… est associé à ce programme. Quatre tableaux lui seront commandés dans ce cadre : Trait de fermeté chez les Romains, ou le courage de Porcia…, 1777 (Lille, musée des beaux-arts), Régulus sort de Rome pour se rendre à Carthage, 1779 (Carcassonne, musée des beaux-arts), Piété de Fabius Dorso, 1781 (Chartres, musée des beaux-arts) et enfin Mathatias tue un juif idolâtre… en 1783. Les dates de ces commandes étant rythmées par celles des Salons, puisque ces œuvres devaient y être exposées. Pour le Salon de 1783 la Direction des bâtiments du roi avait d’abord demandé à Lépicié un sujet représentant « Salomon sacrifiant aux idoles » avant de choisir finalement le thème de Mathatias. Ces quatre grands tableaux de Lépicié étaient destinés ensuite à la manufacture des Gobelins, mais ils ne seront jamais exécutés en tapisserie. Le Procès verbal de la séance du jury des arts et manufactures, tenue aux Gobelins l’an II, nous apprend que les deux premiers tableaux furent « rejetés sous le rapport de l’art», le troisième fut rejeté « comme retraçant des idées superstitieuses », le Mathatias…, enfin fut jugé comme « sujet fanatique » et éliminé pour cette raison des œuvres à copier en tapisserie.

Le sujet de cette toile est emprunté à l’Ancien Testament (premier Livre des Macchabées, II, 23-25). Le grand prêtre Mathatias quitte Jérusalem pour se rendre à Modîn, afin d’exécuter une mission divine, défendre Israël contre le roi Antiochus qui impose au peuple de renoncer à sa religion pour sacrifier aux idoles. Lépicié choisit de représenter l’acte expiatoire de l’épisode final. Après avoir violemment brisé la statue de l’idole, Mathatias poignarde un officier d’Antiochus ainsi qu’un juif impie. Si le thème de Mathatias fut imposé à l’artiste, on peut cependant souligner que Lépicié affecté par une crise mystique à la fin de sa vie fut certainement sensible à ce type de sujet noble et exemplaire. Cette toile sera le dernier grand tableau d’histoire présenté au Salon par l’artiste qui meurt l’année suivante.

Présenté au Salon de 1783, ce table fut sévèrement reçu par la critique, qui manifestait également par ce biais son désaccord au dirigisme de d’Angiviller. Les couleurs du Mathatias sont unanimement attaquées, on reproche à Lépicié ses teintes trop crues, son ciel trop bleu, « les chairs rougeâtres de ses personnages » ou encore ses « tons de pain d’épices »… l’un des critiques souligne : « Votre ciel bleu est trop seul, les draperies que vous avez peintes sur le devant sont d’un bleu trop vigoureux pour contribuer à son harmonie et lui servir d’écho ». Certains relèvent également des défauts dans la composition et le manque de science dans la disposition des groupes : « tout est de la même valeur : les lumières sont éparpillées, de manière que chacune des figures prises à part pourrait faire un tableau. Leur rapprochement ne produit point d’effet ». D’autres enfin estiment que l’artiste a représenté les draperies de manière maladroite, « imitant l’Antique avec monotonie » « plis petits, maniérés et sans vérité ». On trouve cependant parmi toutes ces critiques, dans le Journal de Paris un jugement favorable : « le ton et le goût du dessin se trouvent convenir au sujet : les airs de tête, le teint de la peau, la forme et la couleur des vêtements figurent le peuple grossier de la Judée ». Dans un long article publié en 1966, Madeleine Huillet d’Istria a rappelé que très probablement Lépicié avait du suivre pour la réalisation de ce tableau des directives imposées par d’Angiviller, elle a étayé sa réflexion en soulignant les différences notables existants entre l’esquisse préparatoire et l’œuvre achevée. Cette esquisse (collection particulière) destinée à être soumise à l’approbation du directeur des Bâtiments du roi, est selon Madeleine Huillet d’Istria « restée dans son état d’origine, avec son ancien vernis et, sur son pourtour, les marques au crayon, de points de repère prouvant qu’elle fut recopiée ». Cette première pensée offre une liberté d’exécution habituelle pour ce type de composition, l’œuvre gagne ainsi en souplesse par rapport au tableau achevé sur lequel certains personnages sont comme figés. De plus, la palette utilisée pour l’esquisse offre une harmonie de couleurs particulièrement douce, mêlant des tons de roses, de gris rappelant la gamme choisie généralement par Lépicié pour ses portraits ou ses scènes de genre.

Le département des arts graphiques du musée du Louvre qui conserve un ensemble important de dessins de Nicolas–Bernard Lépicié, possède cinq études préparatoires au tableau de Mathatias. Ces feuilles permettent de comprendre l’attention portée par l’artiste au bon positionnement d’un bras, aux plis des drapés, à l’enroulement d’un turban…

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008