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18e siècle

La Vestale Tuccia portant le crible rempli d’eau pour prouver son innocence

SUVEE Joseph-Benoît

Bruges, 1743 - Rome, 1807

La Vestale Tuccia portant le crible rempli d’eau pour prouver son innocence

Huile sur toile

95,5 x 74,5 cm.

Acquis par rente viagère à Charles Schmidt, avril 1874

Inv. : 1874-5-54

Notice complète

D’origine flamande, Joseph-Benoît Suvée effectue ses premières années de formation dans l’atelier de M. de Visch à l’Académie de Bruges. Il se perfectionne à Paris à l’Académie de Saint-Luc dès 1763 et se lie d’amitié avec Jean-Jacques Bachelier dont il suit les cours à l’Académie royale. Suvée obtient en 1771 le premier Grand prix avec le Combat de Minerve contre Mars (Lille, musée des Beaux-Arts), devançant David qui lui en gardera une tenace rancune. Pensionnaire à l’Académie de France à Rome de 1772 à 1778, sous le directorat de Natoire puis de Vien, Suvée séjourne tour à tour à Naples, Malte, Venise et en Sicile. A Rome il côtoie les artistes qui marqueront par leur esprit novateur le tournant du siècle, Vincent, Peyron puis David. De retour en France il est agréé en 1779 et reçu comme peintre d’histoire un an plus tard sur présentation de La Liberté accordée aux Arts par le comte d’Angiviller (localisation inconnue). Joseph-Benoît Suvée joue alors un rôle de premier ordre parmi les peintres d’histoire de sa génération, à ce titre il est nommé directeur de l’Académie de France à Rome en 1792, à la suite de Ménageot, mais ne pourra occuper ce poste qu’à partir de 1801 en raison de l’hostilité de David et des évènements politiques. Suvée supervisera notamment les déménagements de l’Académie du Palais Mancini à la Villa Médicis.

Artiste marquant du courant néoclassique, Suvée, dont on notera dès les premières années de formation, les prouesses de dessinateur, montre tout au long de sa carrière un talent qui se retrouve également dans son œuvre peint. Il manie le pinceau d’une écriture fine, délicate, avec la même précision que la mine du crayon. Son œuvre manifestement influencée par les productions de Vien, témoigne toujours d’un bel équilibre de la composition ; ses figures, de facture lisse, ont une force qui donne à ses tableaux une présence particulière.

Suvée reçoit de nombreuses commandes de la cour et expose régulièrement au Salon de 1779 à 1796.

La Vestale Tuccia portant le crible rempli d’eau pour prouver son innocence

Cette œuvre n’est pas signée mais son identification date de son entrée dans les collections du musée en 1874, l’inventaire de la collection Charles Schmidt indiquant : « une vestale par Suvée ». L’artiste réalisa plusieurs versions de la Vestale Tuccia, l’une, très proche de celle conservée à Tours, est passée en vente à Monaco en 1982. Les deux œuvres sont de compositions tout à fait semblables, mais l’on peut noter des formes sans doute plus ciselées, plus fines encore dans cette version en comparaison de celle de Tours. Une étude préparatoire pour le visage de la vestale, conservée dans une collection particulière italienne et acquise en 1987 sur le marché de l’art romain permet de comprendre le travail d’élaboration de la composition finale. Si la réflexion de l’artiste va évoluer, l’amenant à couvrir l’arrière de la tête de la vestale par un drapé, les traits du visage, à la perfection presque sculpturale, la manière de coiffer les cheveux dans une sorte de chignon défait sont déjà tout à fait définis dans cette esquisse. Dans un courrier adressé au musée en 1981, Boris Lossky rappelle qu’il avait vu une vingtaine d’années auparavant, dans une galerie parisienne, un dessin de composition identique à celle du tableau de Tours parmi un ensemble de croquis alors attribués à Elizabeth-Louise Vigée Le Brun. Ce dessin, non localisé, pourrait être une autre étude pour ce tableau.

Au Salon de 1785, Joseph-Benoît Suvée exposait une Vestale, le livret mentionnant : « tableau de 3 pieds 6 pouces de haut, sur 2 pieds 9 pouces de large » soit 106,6 centimètres de haut par 83,8 de large. Faut-il reconnaître dans cette œuvre présentée au Salon, le tableau conservé à Tours ? Quatre ans auparavant l’artiste avait peint pour le roi un grand tableau représentant La vestale Emilie rallumant le feu sacré. Cette toile fut admirée par la critique qui notait une « belle ordonnance » dans la composition et soulignait que ses figures étaient peintes « du ton du marbre », « M. Suvée n’a point d’égal pour l’harmonie , la pureté du style et du drapé ; personne n’approche plus des grâces simples de l’antique » (Le Pourquoi au Salon, 1781). On peut attribuer également ces différentes remarques au tableau de Tours. Force et calme se dégagent de cette œuvre. Tuccia sereine, car sûre de son innocence, porte son crible rempli d’eau sous le regard inquiet de deux personnages. L’intensité dramatique de la scène est adoucie par la subtilité de la gamme chromatique limitée à trois tons déclinés d’ocres, de beiges et de blancs. On retrouve sur cette composition cette écriture fine, délicate et élégante mais sans afféterie qui fit la réputation de Suvée.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008