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18e siècle

La Bataille d'Alamança

FAVANNE Henri de

Londres, 1668 - Paris, 1752

La Bataille d'Alamança

Huile sur toile

71 x 102 cm.

Achat chez Sotheby’s, Paris, le 19 juin 2007

Inv. : 2007-6-1

Notice complète

Après une première formation dans l’atelier de René-Antoine Houasse, Henri de Favanne obtient le Grand Prix en 1693. Il séjourne alors à Rome de 1695 à 1700, où il se lie d’amitié avec Jean Bouteroue d’Aubigny, secrétaire de Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins. Agréé à l’Académie Royale en 1701 il est reçu trois ans plus tard comme peintre d’histoire sur présentation de l’Allégorie de l’avènement de Philippe V à l’Espagne (Versailles, musée national du château et de Trianon). Favanne travaille ensuite pendant plusieurs années pour la cour d’Espagne, auprès de la princesse des Ursins, puis revient en France en 1714, au moment de la disgrâce de sa protectrice. Dès son retour en France, appelé par Jean d’Aubigny, il travaille à la décoration du château de Chanteloup pendant au moins trois ans. Il participe en 1724 à l’important chantier de décors pour l’Hôtel du Grand Maître à Versailles, aux côtés des plus grands peintres du moment en particulier Jean Restout et Charles-Antoine Coypel. Le tableau qu’il réalise pour cette commande prestigieuse, Renaud et Armide est aujourd’hui conservé à l’Hôtel de Ville de Versailles. Favanne sera également appelé à participer au grand concours organisé en 1727 entre les meilleurs peintres d’histoire. C’est à partir de cette période que la carrière de Favanne au sein de l’Académie devient plus importante, il sera en effet nommé professeur en 1725, puis recteur en 1748.

Henri de Favanne expose régulièrement et abondamment au Salon, présentant essentiellement des sujets mythologiques et historiques, mais aussi quelques portraits et paysages.

La Bataille d'Alamança, 1714

Ce tableau est l’un des modelli préparatoires au décor du plafond de la galerie du château de Chanteloup, réalisé par Henri de Favanne en 1714. L’œuvre a été acquise au moment de l’exposition « Chanteloup un moment de grâce autour du duc de Choiseul » présentée au musée de Tours qui a permis notamment d’étudier plus précisément cet ambitieux programme décoratif.

L’amitié qui liait Henri de Favanne à Jean Bouteroue d’Aubigny sera déterminante pendant les premières années de la carrière de l’artiste. Les deux hommes font connaissance à Rome. Jean d’Aubigny est un parent éloigné et le secrétaire particulier de Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins. C’est vraisemblablement par l’intermédiaire de d’Aubigny que Favanne sera appelé à Madrid auprès de la princesse, devenue la camarera mayor de la reine Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, puis revient en France en 1714 au moment du décès de la souveraine d’Espagne qui annoncera la disgrâce de Marie-Anne de La Trémoille. Jean d’Aubigny qui avait acheté le domaine de Chanteloup en 1708 commande alors à Favanne un ensemble de décors de première importance pour ce château. L’exposition consacrée au château de Chanteloup en 2007 a permis de découvrir dans des collections particulières plusieurs œuvres attribuables à l’artiste réalisées pour ce domaine.

Favanne travaillera à Chanteloup dès son retour en France en 1714 et probablement au moins jusqu’en 1717. Ce vaste programme décoratif comprenait des peintures et fresques sur la vie de Philippe V pour la galerie, sur l’histoire de la Vierge pour la chapelle et sur le mythe de Phaëton pour le salon. Les collections de Chanteloup, furent dispersées à la Révolution, puis le château fut démoli à partir de 1823. Cette destruction quasi intégrale de Chanteloup fera disparaître les fresques de Favanne. Grâce à Cousin de la Contamine, qui fut un proche du peintre et qui publiera la biographie de l’artiste un an après la mort de celui-ci nous possédons une description assez précise de ce décor ainsi qu’un témoignage, riche en anecdotes, essentiel à la compréhension de cette commande qui constitue véritablement la grande œuvre de l’artiste. Cousin de la Contamine écrit : « Mes liaisons avec cet habile homme [Favanne] ont commencé peu après qu’il eut fini son grand ouvrage, les peintures qu’il a faites pour M. Bouteroue d’Aubigny dans son château de Chanteloup près d’Amboise. Elles consistent en un Sallon … dont le plafond a 37 pieds de longueur sur 28 de largeur Il y a peint la chute de Phaëton… ». L’auteur décrit ensuite les décors réalisés dans la galerie « …où l’on voit les évènements les plus remarquables du règne de Philippe V distribués en dix tableaux…, puis dans la chapelle dans laquelle il a peint en neuf tableaux différents les principaux traits de l’Histoire de la très sainte Vierge… ». Ce décor de Favanne pour Chanteloup comprenait outre les trois fresques des plafonds, un ensemble important de tableaux.

Le témoignage de Cousin de la Contamine nous permet de dater assez précisément la réalisation de ce décor. Le biographe de Favanne écrit : « Ces ouvrages immenses peints à l’huile ont été terminés en quatre ans par la seule main de M. Defavanne qui n’y travaillait que pendant la belle saison. Il passait l’hiver à Paris, il y faisait ses esquisses et études, et retournant au Printemps à Chanteloup…. M. Defavanne .. .commença les peintures de Chanteloup par la galerie qu’il finit en 1714. Il peignit la chapelle en 1715 et le salon en 1716. Il ajoute enfin : la description du tout a été faite par le peintre lui-même et il l’a remise au digne secrétaire de votre Académie ». Henri de Favanne commence donc par la galerie « dont le plafond mesurait 71 pieds de longueur sur 28 de largeur » (environ 23 mètres sur 9), sur lequel sont peints en dix tableaux des évènements à la gloire du roi d’Espagne :

Premier tableau : son arrivée en Espagne / Deuxième tableau : Son mariage avec la princesse Louise-Gabrielle de Savoie / Troisième tableau : La Ligue des puissances qui entreprirent de le détrôner / Quatrième et cinquième tableau : Les quatre Vertus cardinales qu’on a vues briller dans ce monarque / Sixième tableau : la bataille qu’il gagna à Almança / Septième tableau : La naissance du prince des Asturies / Huitième tableau : La réduction des royaumes de Valence et d’Aragon sous l’obéissance de sa Majesté / Neuvième tableau : La bataille qu’elle gagna à Villa-Viciosa / Dixième et dernier tableau : L’éducation du prince des Asturies. (6)

Ces peintures témoignent en fait des premières années du règne de Philippe V, période qui aura marqué le pouvoir de la princesse des Ursins et de son fidèle secrétaire. D’après le biographe de Favanne le rôle de la princesse est affirmé par l’iconographie du dixième tableau qui montre : « l’éducation du prince des Asturies. La princesse des Ursins y présente le jeune prince à Minerve ». Henri de Favanne qui fut pendant son long séjour à la cour d’Espagne le témoin de ces évènements trouvait dans ce décor la possibilité de les restituer avec précision.

Ce modello illustre le sixième compartiment du plafond, représentant « la bataille qu’il gagna, à Almança ». Cette bataille qui eut lieu le 25 avril 1707 fut décisive lors de la guerre de succession d’Espagne opposant l’armée franco-espagnole aux troupes britanniques portugaises et hollandaises de l’archiduc Charles III. Utilisant un riche répertoire iconographique et allégorique, Favanne décrit cette célèbre bataille. Le monarque domine et irradie cette composition pyramidale, écrasant l’ennemi maléfique au bras duquel s’est enroulé un serpent. La Victoire va poser sur la tête du vainqueur une couronne de laurier, la Renommée, la Justice et Minerve, entourent le roi. Plus de douze mille prisonniers ont été faits parmi le camp ennemi lors de cette bataille, les deux soldats aux poings liés symbolisent l’écrasante victoire des troupes de Philippe V. L’Histoire et la Peinture représentées au premier plan à gauche du blason du royaume d’Aragon immortalisent cet événement.

Ce tableau a vraisemblablement appartenu à Bouteroue d’Aubigny. Cousin de la Contamine en effet nous apprend qu’il n’a pas vu les œuvres réalisées par Henri de Favanne à Chanteloup mais il précise qu’il connaît : « seulement les esquisses que M. d’Aubigny conservait dans ses cabinets et ajoute : Je dirai cependant qu’on remarquait dans ces esquisses un ton plus vigoureux, et une couleur plus dorée que dans les tableaux qu’il a faits depuis ». L’inventaire après décès de Jean d’Aubigny, daté du 15 mai 1732 mentionne en effet de nombreux tableaux, qui sans que le nom de Favanne ne soit jamais indiqué, correspondent exactement, par leur sujet, aux œuvres que l’artiste réalisa pour Chanteloup. On trouve ainsi au numéro vingt-trois de cet inventaire, effectué dans la demeure parisienne de d’Aubigny : « cinq tableaux Sur toille de différentes grandeurs dans Leur bordure de bois verny et doré représentant different sujets allégoriques au Sujet de la cour d’Espagne… ».

Si l’ensemble de ce décor réalisé par Favanne a disparu avec la destruction du château, plusieurs esquisses ou dessins préparatoires nous permettent d’en avoir une perception assez précise. Un autre modello pour le plafond de Chanteloup est conservé au musée du Louvre et le musée des beaux-arts de Lille conserve un modello et un dessin préparatoire à cette commande. Ces œuvres ont été publiées ensemble en 2007 à l’occasion de l’exposition Chanteloup. Dans ces peintures, Favanne montre son attachement aux leçons de Houasse si profondément marqué par l’art de Lebrun.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008