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19e siècle

Le château royal de Plessis-lès-Tours (1850)

PERNOT François Alexandre

Wassy, 1793 - Wassy, 1865

Le château royal de Plessis-lès-Tours (1850)

Huile sur toile

H. 102 cm. ; L. 135 cm.

Dépôt de l'Etat, 1854. Transfert de propriété de l'Etat à la ville de Tours, 2010

Inv. 1854-1-1

Notice complète

Pernot est né dans un milieu cultivé d’artisans, d’enseignants et d’ecclésiastiques de la Haute-Marne, dont l’attachement à l’Ancien Régime éclaire l’orientation de l’artiste à l’âge adulte. Avec les encouragements de ses parents, il arrive à Paris en 1811 et perfectionne dans l’atelier de Bertin les rudiments de peinture acquis auprès d’artistes de sa région. C’est à cette époque qu’il adhère à la restauration des Bourbons et bénéficie d’un logement à la Sorbonne, grâce à la protection du ministre de l’intérieur de Louis XVIII.

En 1817, il participe au premier concours du paysage historique et débute au Salon de 1819 avec un paysage rapporté d’un voyage en Suisse (Vue du pont et du château de Saint-Maurice dans le Valais, musée de Chaumont-sur-Marne). Jusqu’en 1830 il sillonne l’Europe, la France d’abord (la Champagne, les Vosges, l’Alsace) puis l’Ecosse, la Belgique, le grand-duché du Bade, l’Italie dont il tire de nombreuses œuvres dessinées, peintes ou lithographiées. Il doit au succès des vues d’Ecosse en particulier, publiées en 1826 après leur présentation à la Duchesse du Berry, sa nomination au poste de maitre de dessin des pages de la cour. A partir de 1834, il consacre plusieurs centaines de planches, commandées par le préfet Rambuteau et publiées en 1838-1839, à la description de Paris, constituant une remarquable documentation sur les monuments de la capitale condamnés à disparaitre par l’urbanisation nouvelle. En raison de son intérêt passionné pour l’archéologie et sa connaissance de la Champagne, il est associé à la restauration de la cathédrale de Châlons-sur Marne et participe à divers congrès historiques et scientifiques en France. En 1846, le ministère de la guerre lui achète l’ensemble des mille cinq cents dessins qu’il exécute en vue de reconstituer la collection de drapeaux et d’étendards conservés jusqu’en 1814 à l’hôtel des Invalides. Après la chute de la monarchie de juillet, et malgré les distinctions obtenues (médailles d’or en 1839, Légion d’honneur en 1846), Pernot poursuit hors de Paris une carrière plus modeste, bien que rythmée par ses participations au Salon. Il se voue essentiellement aux recherches historiques, entreprend une vaste enquête sur les ordres de chevalerie du monde entier, et réalise à la demande de l’Administration une série de dessins sur les sites des grands champs de bataille en France.

Le château royal de Plessis-Lès-Tours

1850, commande du Ministère de l’Intérieur

L’identité de ce tableau n’est pas clairement établie. Bien qu’il soit daté de 1850, il n’est pas impossible d’y voir aussi celui que l’artiste présente au Salon de 1848 sous le n°3594 : Vue du château de Plessis du Parc ou Plessis les Tours, résidence de Louis XI, d’après d’anciens plans, de dessins authentiques, et d’après ce qu’il reste des bâtiments et des fossés. La peinture envoyée à Tours par le ministère apparait pour la première fois dans les catalogues en 1856 avec le titre Vue du château royal du Plessis-les –Tours, d’après un ancien dessin, ce qui concorde avec l’intitulé du Salon de 1848. Pernot a vraisemblablement contourné le règlement du Salon, qui interdit de présenter une œuvre plusieurs fois, en modifiant les dimensions et la dénomination de son envoi de 1850. D’autant qu’en raison des évènements politiques, l’admission au Salon de 1848 se fait librement, sans examen préalable du jury qui est alors supprimé. Il s’agit donc probablement de la même toile, comme l’accrédite la présence, surprenante pour le site, d’une vaste étendue d’eau encerclant le château. Celui-ci est mentionné dans Bellier-Auvray à la suite du titre du Salon de 1850, Vue du cours de la Loire au moment d’une inondation (château de Plessis-Lès-Tours), suscitant le rapprochement entre les deux compositions.

L’historique de l’œuvre et les circonstances de l’attribution au musée de Tours ont pu être reconstitués grâce au volumineux dossier la concernant, conservé aux Archives Nationales. L’importante correspondance échangée, de 1851 à 1856, entre Pernot et le ministère de l’Intérieur d’une part, entre l’artiste, Mgr Morlot, archevêque de Tours, son secrétaire l’abbé Vincent et divers interlocuteurs d’autre part, témoigne des difficultés à concrétiser une affaire qui concerne la Vue de Plessis-Lès-Tours et deux autres compositions de l’artiste, Vue de l’abbaye de Marmoutier près de Tours et Vue de l’église Saint-Martin de Tours. Ces dernières ont été commandées verbalement au peintre par Mercey, chef du bureau des Beaux-Arts au ministère de l’Intérieur, au début de l’année 1852, vraisemblablement à la suite d’un entretien qu’il lui accorde le 10 mai 1849, et sont promises à Mgr Morlot pour orner la salle du chapitre à l’archevêché. Le 24 mars 1853, elles sont achevées et leur auteur attend pour les expédier à Tours, qu’un inspecteur du ministère vienne les approuver. La caisse qui doit les transporter est également prévue pour la vue du Plessis, accordée dans les mêmes circonstances par Léon Faucher le ministre, à Gouïn et Flavigny, députés d’Indre-et Loire, et retenue pour le musée dès août 1851. Même si Pernot et Mgr Morlot incluent à plusieurs reprises dans leur courrier la représentation du château de Louis XI parmi les toiles destinées à l’archevêché, elle est bien réservée pour le musée, comme en attestent en janvier 1855 les demandes de Pernot pour la prise en charge des frais d’encadrement par la Mairie. L’artiste va en effet éprouver les plus grandes difficultés à se faire payer ses travaux, malgré ses innombrables réclamations auprès des autorités. La commande n’ayant pas été faite dans des conditions régulières, Pernot n’est toujours pas réglé en 1856, en dépit de l’appui de son compatriote, le cardinal archevêque de Tours, de Romieu, ancien préfet de la Haute Marne, nouvellement nommé en Indre-et-Loire, du Comte de Flavigny, député de Chinon. Enfin, en 1856, le ministère d’Etat notifie au peintre la mise en paiement du tableau annoncé à tort pour une des salles du palais archiépiscopal.

Tout au long de sa carrière, Pernot s’affirme comme un passionné d’archéologie qui accumule les relevés d’édifices, puisant dans cette abondante documentation la matière de ses œuvres. Il accorde une attention particulière à l’authenticité de ses sources, comme en témoignent les inscriptions accompagnant fréquemment sa signature. « Vous savez que depuis longtemps je choisis de prédilection pour sujet à mes tableaux les souvenirs de l’histoire de France qui se lient si bien avec l’aspect des vieux monuments pittoresques. » Fidèle à sa méthode, il interprète ici un document ancien, celui que Claude Chastillon (1547-1616) grave au burin pour sa topographie française, non sans avoir doté la varenne de la Riche d’un relief imaginaire, et hypertrophié certains éléments de l’architecture, notamment les tours d’angle du château et celles du corps de garde. La fiabilité de la gravure du 16e siècle la fait déjà choisir par Théodore Frère qui l’adapte pour l’illustration de la Touraine ancienne et moderne de Bellanger, une dizaine d’années plus tard, Pernot lui emprunte l’atmosphère romantique qu’un ciel nuageux et la présence d’un calvaire contribuent à créer. Bien que le 19e siècle ait multiplié les représentations du château occupé et agrandi par Louis XI à partir de 1464, l’artiste appuie sa reconstitution de Plessis les Tours sur les planches de Chastillon et de Frère. S’il connait le monument par la gravure, c’est à l’occasion du Congrès scientifique de Tours, auquel il participe en 1847, qu’il a pu se confronter à la réalité, en se rendant dans les faubourgs de la ville visiter les vestiges du château royal, alors transformé en fabrique de plombs de chasse. Il pousse sa promenade jusqu’aux restes du couvent des Minimes du Plessis, comme en témoigne une œuvre aujourd’hui non localisée mais qui semble avoir appartenu à la série des vues destinées à l’archevêché.

A la suite d’un voyage effectué en 1824 en Angleterre et en Ecosse dans le but de s’imprégner des paysages de la légende d’Ossian et des romans de Walter Scott, Pernot développe un important répertoire de sujets écossais. Très impressionné par la décoration néogothique de la résidence de l’écrivain à Abbotsford, il tire aussi de ses dessins de châteaux, d’églises, de ruines les thèmes de ses envois au Salon de 1837 à 1861. La Vue de Plessis-Lès-Tours appartient donc à cette période féconde. Tout imprégné des héros de Walter Scott et fidèle aux principes du paysage historique établis par Valenciennes, il place au premier plan de son évocation deux personnages qui semblent sortir de Quentin Durward, un chevalier enveloppé d’une cape rouge, coiffé d’un heaume empanaché et un page écossais. Le gibet visible à droite, motif absent de la lithographie d’après Frère, participe au climat de légende attaché à ces lieux jadis fréquentés par Louis XI. Pernot souligne le caractère inquiétant du monument en le baignant dans un éclairage crépusculaire. L’arbre échevelé à gauche, le rideau de pluie et les nuages menaçants, proches de Turner, donnent à la composition sa dimension fantastique. Ils appartiennent au vocabulaire habituel du peintre, qui voit dans ces effets picturaux, clairs de lune ou incendies, une manière d’affirmer son ralliement à l’idéal romantique. Sa nostalgie de l’histoire s’exprime à travers la figuration des monuments qui reflètent sa fidélité à ses convictions royalistes. Jusqu’à la fermeture en 1997 du musée de Plessis les Tours, ce tableau est inclus dans un parcours rappelant le souvenir de Louis XI et son rôle dans le développement de la ville au 15e siècle. C’est Ernest Mame, Maire de Tours de 1849 à 1865, qui réclame le 1er mars 1851 au ministère l’attribution d’une toile dont il signale la valeur symbolique : « j’ai donc l’honneur de vous prier de vouloir bien comprendre ce tableau au nombre de ceux qui seront achetés par la Ville de Tours encore pleine du souvenir de Louis XI et aux portes de laquelle est situé tout ce qui reste du château du Plessis. »