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19e siècle

La Mort de Sardanapale, d'après Delacroix

ANDRIEU Pierre

Fenouillet, 1821 - Paris, 1892

La Mort de Sardanapale, d'après Delacroix

Huile sur toile

394 x 500 cm.

Don Margueritte Pelouze

Inv. 879-3-1

Notice complète

Issu d’une famille modeste de Haute-Garonne, Andrieu commence ses études artistiques à Toulouse, les poursuivant à Paris. Vraisemblablement entrainé par ses concitoyens Planet et Fauré qui figurent respectivement depuis 1837 et 1840 comme élèves de Delacroix sur les registres des cartes d’étude délivrées par le musée du Louvre, il bénéficie lui aussi de ce statut à partir du 15 juin 1843. Son admission au Louvre est renouvelée à deux reprises, en octobre 1845 et juin 1848, Delacroix constituant à cette époque, avec ses meilleurs élèves une équipe pour le seconder dans les grands travaux que le Gouvernement lui a confiés dès 1846. Dès lors, c’est dans l’ombre du maitre que se déroule la carrière d’Andrieu, qui exécute avec lui, copie ou restaure non seulement des peintures murales mais encore des œuvres de chevalet. De 1850 à 1861 il collabore à la décoration du salon de la Paix, à l’Hôtel de Ville de Paris, au plafond de la galerie d’Apollon au Louvre, et à l’exécution de la chapelle des Saints-Anges, à Saint-Sulpice dont Delacroix lui lègue les esquisses. En 1852-1853 suivant les conseils de son maitre, il entreprend la visite de plusieurs musées (Lyon, Bordeaux, Rouen, Dijon…) pour parfaire son éducation artistique.

Parallèlement à cette activité, il produit quelques portraits et des natures mortes, et reçoit plusieurs commandes pour les édifices religieux. En 1851, il peint un Christ en croix et Sainte Madeleine destinée à la Paroisse de Villeneuve-lès-Bouloc, dont son oncle est curé, et en 1863, sept tableaux pour le chœur de l’église romane Notre-Dame du Pré au Mans, qu’une restauration postérieure n’a pas conservés.

Après la mort de Delacroix, il poursuit son travail personnel, exposant au salon des portraits des peintures religieuses (Sainte famille, 1867, Dijon musée Mangrin), des compositions de fleurs et de fruits et des sujets orientalisants (tigres, lions, cavaliers arabes) qui ne se démarquent guère de ceux de son maitre.

En 1866, à la demande de la Comtesse Picot de Dampierre, il conçoit un ensemble important pour le plafond de la galerie du château de Guermantes, constitué de cinq caissons principaux. Ayant ouvert un atelier en 1871, il transmet à ses élèves les préceptes qu’il avait lui-même reçus, assurant par ailleurs la diffusion des carnets manuscrits que Delacroix lui avaient remis, notamment auprès de Silvestre occupé à dresser le catalogue de la collection de Bruyas, grand amateur de Delacroix. Pour Burty, Adolphe Moreau ou de nombreux contemporains, Andrieu apparait comme la personnalité la plus apte à propager sa mémoire, car tous le considéraient quelque peu comme le seul dépositaire des pensées et des secrets du maitre.

La mort de Sardanapale, d’après Delacroix :

Décrochée de l’escalier d’honneur du musée où elle reste exposée jusqu’aux environs de 1950 (cliché dans les archives du musée), roulée et déplacée plusieurs fois la toile d’Andrieu est récemment réapparue. Un courrier de Marguerite Pelouze, retrouvé aux archives municipales atteste sa provenance.

Le 7 janvier 1878, celle-ci adresse depuis Chenonceau une lettre au maire de Tours, l’informant que « depuis longtemps nous nous proposons, mon frère et moi, d’offrir à la Ville de Tours un tableau auquel nous attachons une certaine importance, en raison de son origine et de la valeur que de bons juges lui reconnaissent. En effet, ce tableau est une copie de la Mort de Sardanapale qui est une des toiles les plus célèbres d’Eugène Delacroix, qu’il a été son collaborateur dans la plupart de ses œuvres et qu’il possède les secrets de la palette du maitre. Je suis heureuse, Monsieur le Maire de vous choisir personnellement pour notre interprète près de la Ville de Tours. Si j’avais un désir à exprimer, c’est que ce tableau soit placé dans un des panneaux du grand escalier de l’Hôtel de Ville où il semble appelé à figurer en raison de ses dimensions considérables. »

Marguerite Pelouze (1836-1902) est la sœur de Daniel Wilson (1840-1919), député de Loches depuis 1869. Tous deux ont hérité de Daniel Wilson leur père, une immense fortune. Né en 1789 à Dublin, ce dernier a épousé en 1835 Henriette Casenave, fille d’un conventionnel célèbre. Il exploite d’abord des forges au Creusot, se lance ensuite dans la fabrication de machines à vapeur et de matériel pour confectionner les cigares, avec lequel il obtient une médaille d’or à l’exposition quinquennale de 1827. Cependant, c’est la compagnie anglaise pour l’éclairage de Paris au gaz hydrogène qui se révèle la plus lucrative. Entre 1820 et 1848, il constitue une importante galerie d’œuvres anciennes, réunion de deux collections alors réputées, celle du baron Massias et celle de Bodin Desmolands acquéreur des tableaux de Joseph Bonaparte. En 1846, Wilson achète directement à Delacroix la Mort de Sardanapale, restée en possession de l’artiste depuis le salon de 1827 où le tableau était présenté, et le place dans la salle à manger de son château d’Ecoublay, à côté de Fontenay-Trésigny en Seine et Marne. Après sa mort, survenue en 1849, c’est Antoine Casenave, oncle et tuteur des enfants Wilson, qui a la charge de cette œuvre, Marguerite Wilson épouse en 1857 le chimiste Eugène Pelouze, fils du Directeur de la Monnaie. En 1859, Pelouse invite Delacroix à passer à leur domicile, 17, rue de l’Université, voir le tableau, qu’ils prêtent en 1861 à l’exposition du boulevard des Italiens. Par la suite, Marguerite Pelouze dispose les œuvres en provenance de la succession paternelle à Chenonceau, dont elle fait l’acquisition en avril 1864 auprès des descendants de Mme Dupin. Ces peintures viennent ainsi enrichir le fonds ancien du château : mobilier, bibliothèque, tableaux cédés avec le domaine.

Le 21 mars 1873, la Mort de Sardanapale est vendue à Paris. Après être passée entre plusieurs mains, l’œuvre entre au Louvre en 1921.

Pour quelle raison les héritiers Wilson se défont-ils du tableau de Delacroix ? Peut-on invoquer quelque souci financier ? La carrière politique de Daniel Wilson et ses campagnes électorales (1869, 1871, 1872) sont très soutenues par sa sœur, qui y investit une partie de sa fortune, organisant en son honneur de somptueuses réceptions à Chenonceau. La vente du tableau leur permet de réaliser un substantiel bénéfice. Acheté par leur père pour la somme de 6000 F en 1846, il rapporte 96 000 F près de trente ans plus tard. Sans doute faut-il invoquer les importants travaux de restauration engagés par Mme Pelouze à Chenonceau à partir de 1866. Ces travaux concernent la reprise du gros œuvre par Roguet qui suivant les vœux de la propriétaire, supprime en partie les apports de Catherine de Médicis er ceux de Mme Dupin afin de restituer au château son état du XVIe siècle.

A quel moment la copie de la Mort de Sardanapale a-t-elle été commandée à Andrieu ? S’il faut accorder du crédit à Laurent et Montaiglon, le tableau a été exécuté dans l’atelier de Delacroix et sous ses yeux, donc avant l’achat de Chenonceau. Contemporains de l’entrée du tableau dans les collections municipales, les auteurs du catalogue du musée de Tours reçoivent peut-être, de la donatrice elle-même, des indications qui n’ont pu être vérifiées. Il semble plus probable qu’au moment de se séparer de l’original, Marguerite Pelouze ait demandé à Andrieu d’en réaliser la réplique aux mêmes dimensions.

Collaborateur, restaurateur et copiste de Delacroix, c’est à ce titre que ce travail lui est confié. En 1876, c’est en qualité de décorateur qu’il est retenu à Chenonceau, pour exécuter les peintures murales du cabinet de bains situé à l’entrée de la galerie inférieure. Il y passe une grande partie de l’année en compagnie de sa femme, qui y met au monde leur deuxième enfant.

Malgré la relation très détaillée faite par Chevalier des restaurations extérieures et aménagements intérieurs entrepris par la propriétaire, il ne fait aucune mention du Sardanapale, dont l’emplacement demeure inconnu.

Cependant, en raison de son format et de son appartement à l’époque moderne il est vraisemblablement destiné à la galerie supérieure qui, indique Chevalier, présente aujourd’hui l’aspect d’un long promenoir [ayant] perdu les petites chambres établies par Mme Dupin et le théâtre de Jean-Jacques qui l’occupaient naguère tout entière, en lui enlevant tout cachet artistique. »

En 1878, Marguerite Pelouze fait appel à Charles Toché un peintre nantais chargé de concevoir une nouvelle ordonnance pour la galerie. Celle-ci est en effet destinée à servir de cadre à la collection de peinture, qui comporte plus de deux cents tableaux dont une partie provient de l’héritage paternel et l’autre du fonds ancien de Chenonceau. Groupées par écoles et par thèmes autour du portrait de la commanditaire peint par Carolus-Duran, les œuvres sont scellées dans les murs, dotées de bordures de stucs blanc et or et environnées de scènes allégoriques dues à Toché qui évoquèrent les prédilections artistiques de Mme Pelouze. Les parties du monde et les différentes époques de l’art en Europe. Cet ambitieux programme iconographique doit se compléter d’un plafond proclamant le triomphe de la Vérité et de la Beauté. Elaborée au cours de l’année 1878, la nouvelle disposition de la galerie est réalisée en 1879 : dans ces conditions, plus de place pour Andrieu et sa mort de Sardanapale.

Contrairement à ce qu’écrit Lee Johnson en 1980, le tableau ne peut avoir été offert au musée par Mme Pelouze et sa belle-sœur, Daniel Wilson n’épousant Alice Grévy, fille du Président de la République, qu’en octobre 1891.

Pétri de l’art de Delacroix dont il s’imprègne durant les vingt ans que dure leur travail commun, Andrieu donne ici une copie qui n’est pas dépourvue de qualité. Certains des élèves de Delacroix, dont Piot, ont expliqué en quoi consistait la méthode appliquée par le maitre à la formation de ses futurs collaborateurs. Lorsqu’il avait vu un jeune homme pouvant lui servir, il s’astreignait à l’esclavage absolu », faisant de l’exercice acharné de la copie et du calque de ses propres œuvres maints fois répétée de l’application de sa palette colorée.

La restauration par Andrieu, Haro et Delacroix entre 1856 et 1859 de l’original que Delacroix avait vu dans un état déplorable à Ecoublay en 1849 au moment de la mort de Wilson, donne à Andrieu l’occasion d’un étroit contact avec l’œuvre.

Pourtant dans la copie, il se montre incapable de restituer le caractère convulsif de l’œuvre et de reproduire la technique du maitre, qui procède par larges hachures, division de tons surépaisseur. Chez Andrieu, la couleur est plus terne et l’écriture moins violente. La touche plus fondue, donne aux figures de femmes notamment une mollesse que n’ont pas celles de Delacroix, tendues dans le spasme de l’agonie.